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Dernière mise à jour le 10 janvier 2026

Bibliographie sur l'arrêt cardiaque

Mois de Novembre 2025

Chest
Oxygen Saturation Targets and Neurologic Outcomes Following Cardiac Arrest: A Secondary Analysis of the Pragmatic Investigation of Optimal Oxygen Targets Trial.
DeMasi SC, Clark AT, Muhs AL, Han JH, Shipley K, McKinney JJ, Wang L, Rice TW, Moskowitz A, Prekker ME, Johnson NJ, Self WH, Casey JD, Semler MW, Seitz KP, Pragmatic Critical Care Research Group. Chest. 2025;168[5]:1131-1140
DOI: 10.1016/j.chest.2025.04.027

Background: More than 600,000 adults in the United States experience an out-of-hospital or in-hospital cardiac arrest each year. Following resuscitation from cardiac arrest, most patients receive mechanical ventilation. The oxygenation target that optimizes neurologic outcomes following cardiac arrest is uncertain.

Research question: Following cardiac arrest, does a lower oxygen saturation (Spo) target improve neurologic outcomes compared with a higher Spo target?

Study design and methods: This study was a secondary analysis of patients who experienced a cardiac arrest prior to enrollment in the Pragmatic Investigation of Optimal Oxygen Targets (PILOT) trial. The PILOT trial assigned critically ill adults receiving mechanical ventilation to a lower (88%-92%), intermediate (92%-96%), or higher (96%-100%) Spo target. This subgroup analysis compared patients randomized to a lower or intermediate Spo target (88-96%) vs a higher Spo target (96%-100%) regarding the primary outcome of survival with a favorable neurologic outcome at hospital discharge (Cerebral Performance Category 1 or 2).

Results: Of 2,987 patients in the PILOT trial, 339 (11.3%) experienced a cardiac arrest prior to enrollment: 221 were assigned to a lower or intermediate Spo target, and 118 were assigned to a higher Spo target. Overall, the median age was 60 years, 43.5% were female, 58.7% experienced an in-hospital cardiac arrest, and 10.2% had an initial shockable rhythm. Survival with a favorable neurologic outcome occurred in 50 patients (22.6%) assigned to a lower or intermediate Spo target and 15 (12.7%) patients assigned to a higher Spo target (absolute risk difference, 9.9 percentage points; 95% CI, 1.8-18.1; P = .03).

Interpretation: Among patients receiving mechanical ventilation following a cardiac arrest, use of a lower or intermediate Spo target was associated with a higher incidence of a favorable neurologic outcome compared with a higher target. A randomized trial comparing these targets in the cardiac arrest population is needed to confirm these findings.

Conclusion (proposition de traduction) : Chez les patients bénéficiant d'une ventilation mécanique après un arrêt cardiaque, l’utilisation d’une cible de saturation en oxygène basse ou intermédiaire était associée à une incidence plus élevée d’un devenir neurologique favorable par rapport à une cible plus élevée.
Un essai randomisé spécifiquement dédié à la population des patients en arrêt cardiaque est nécessaire pour confirmer ces résultats.


Commentaire : Il s’agit d’une analyse secondaire pré-spécifiée d’un essai randomisé pragmatique en grappes avec plan croisé (PILOT), méthodologiquement solide, incluant 339 patients ventilés après arrêt cardiaque, avec un recueil extrêmement granulaire des données de SpO₂ et de FiO₂ (mesures minute par minute) et des analyses statistiques adaptées (intention de traiter, modèles multivariés ajustés et analyse ordinale du score CPC), conférant un niveau de preuve intermédiaire mais robuste pour une étude post-arrêt, malgré des limites liées à la taille de l’échantillon, au caractère secondaire de l’analyse et à une population majoritairement composée d’arrêts intra-hospitaliers et de rythmes non choquables. Les résultats montrent de façon cohérente qu’éviter l’hyperoxémie par des cibles de SpO₂ plus basses (88–96 %) est associé à une amélioration significative du devenir neurologique à la sortie de l’hôpital, sans augmentation du risque d’hypoxémie sévère, tandis que l’effet sur la mortalité reste incertain.
Sur le plan pratique, cet article est majeur car il déplace le paradigme post-arrêt d’une oxygénation « maximale par défaut » vers une stratégie de titration raisonnée et physiologiquement cohérente, suggérant que l’hyperoxémie précoce pourrait constituer un facteur de lésions cérébrales secondaires évitables. Le thème central est l’optimisation de l’oxygénothérapie dans la phase post-arrêt cardiaque, et l’article constitue une référence pour comprendre pourquoi le contrôle fin de l’oxygénation devient un levier clé d’amélioration du pronostic neurologique dans la prise en charge moderne de l’arrêt cardiaque.

European heart journal. Acute cardiovascular care
Effect of Timing of Coronary Angiography on Mortality After Out-of-hospital Cardiac Arrest in Elderly Patients - A Substudy of the TOMAHAWK Trial.
Thevathasan T, Pugachova S, Pöss J, Roßberg M, Landmesser U, Skurk C, Fichtlscherer S, Akin I, Fuernau G, Hassager C, Zeymer U, Preusch MR, Graf T, Feistritzer HJ, Jobs A, Schulze PC, de Waha S, Thiele H, Freund A, Desch S. Eur Heart J Acute Cardiovasc Care. 2025;:
DOI: 10.1093/ehjacc/zuaf144

Background: The optimal timing of coronary angiography in elderly patients after out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) without ST-segment elevations after successful resuscitation remains uncertain. This substudy of the randomized TOMAHAWK trial investigated the prognostic impact of immediate versus delayed/selective coronary angiography in elderly versus younger OHCA survivors.

Methods: A total of 529 patients with successfully resuscitated OHCA of presumed cardiac origin without ST-segment elevations on post-resuscitation electrocardiograms were analyzed. Patients had been randomized to immediate or delayed/selective coronary angiography after 24 hours the earliest. Patients were stratified by age: elderly patients defined as >75 years versus younger patients as ≤75 years. The primary endpoint was 30-day mortality. Multivariable Cox regression models were applied.

Results: Elderly patients exhibited a greater burden of cardiovascular comorbidities, had higher 30-day mortality (69% vs. 43%, p<0.001) and higher rates of death or severe neurologic deficit (75% vs. 51%, p<0.001) compared to younger individuals. In adjusted analyses, the timing of coronary angiography was not significantly associated with mortality in either elderly patients (HR 0.96, 95% CI, 0.59-1.56, p=0.88) or younger patients (HR 0.88, 95% CI, 0.56-1.38, p=0.57), with no evidence of effect modification by age (p for interaction=0.758).

Conclusions: Routine immediate coronary angiography does not appear to modify mortality risk in both elderly and younger OHCA survivors without ST-segment elevations. The results do not support differential treatment strategies across age groups.

Conclusion (proposition de traduction) : La réalisation systématique et immédiate d’une coronarographie ne semble pas modifier le risque de mortalité chez les survivants d’un arrêt cardiaque extra-hospitalier sans sus-décalage du segment ST, qu’ils soient âgés ou plus jeunes. Ces résultats ne plaident pas en faveur de stratégies thérapeutiques différenciées selon l’âge.


Commentaire : Il s’agit d’une sous-analyse post hoc d’un essai randomisé contrôlé multicentrique de grande qualité méthodologique, reposant sur la population de l’essai TOMAHAWK, avec une stratification a priori par âge (> 75 ans vs ≤ 75 ans) et des analyses de survie robustes par modèles de Cox multivariés ajustés sur des facteurs clés de pronostic précoce ; le niveau de preuve est élevé pour une analyse secondaire, malgré les limites inhérentes à son caractère exploratoire, à la puissance réduite du sous-groupe des patients âgés et à l’absence de données sur la fragilité ou le statut fonctionnel pré-arrêt. Les résultats montrent de façon cohérente que, chez les patients réanimés après arrêt cardiaque extra-hospitalier sans sus-décalage du ST, le recours à une coronarographie immédiate n’apporte aucun bénéfice en termes de mortalité à 30 jours, y compris chez les patients âgés pourtant à plus haut risque, et que l’excès de mortalité observé chez ces derniers est indépendant de la stratégie invasive choisie.
Sur le plan pratique, cet article est intéressant car il consolide l’idée que l’âge, à lui seul, ne doit ni justifier une escalade invasive systématique ni conduire à une stratégie différenciée automatique après arrêt cardiaque, et qu’une coronarographie immédiate non ciblée risque surtout de retarder des soins post-réanimation essentiels sans bénéfice démontré. Il recentre la prise en charge post-arrêt sur une sélection clinique raisonnée, l’évaluation du pronostic neurologique et l’optimisation globale des soins intensifs plutôt que sur une approche coronarographique réflexe. Le thème central est la place de la coronarographie après arrêt cardiaque extra-hospitalier sans sus-décalage du ST, en particulier chez le patient âgé, et l’article constitue une référence pour une bibliographie dédiée à la prise en charge post-arrêt, en apportant des données solides contre toute stratégie invasive systématique, indépendamment de l’âge.

Journal of the American Heart Association
Improved Survival With Automated External Defibrillator-Only Training in a Public-Access Defibrillation Program: A 23-Year Database Analysis of Progetto Vita.
Aschieri D, Bricoli S, Rossi L, Ferraro S, Bolognesi MG, Nani S, Pelizzoni V, Capucci A. J Am Heart Assoc. 2025;14[21]:e040795
DOI: 10.1161/JAHA.124.040795

Background: Out-of-hospital cardiac arrest remains a significant public health challenge, characterized by poor overall survival. Early defibrillation is crucial to manage fatal arrhythmias. The use of automated external defibrillators is a promising tool in minimizing time to defibrillation and enhancing survival.

Methods: PV (Progetto Vita) in Piacenza pioneered the first community-based automated external defibrillator project in Europe. We present survival data spanning 23 years for all cases of out-of-hospital cardiac arrest managed under both PV and standard emergency medical services interventions.

Results: A total of 6996 out-of-hospital cardiac arrests were recorded. Among these, 156 cases were managed by PV volunteers (PV group). The PV group managed a significantly higher proportion of shockable rhythms than the emergency medical services group (69.9% versus 10.9%). Mean time to arrival was shorter (5.7 versus 10.2 minutes), and survival rates better with favorable neurological outcomes (46.2% versus 2.9%, overall). Survival rates declined with time. However, a higher proportion of patients in the PV -group demonstrated favorable neurological outcomes, even up to 9 minutes from the call, compared with the EMS group. Over the study period, the increasing number of automated external defibrillators in fixed public places coincided with a substantial rise in ventricular fibrillation survival in the PV group patients (22% for 2003-2012 to 73% for 2013-2022, <0.001). Both time from call to arrival and PV-group intervention emerged as independent predictors of survival (odds ratio 1.08 and 0.28, respectively).

Conclusions: Our simplified automated external defibrillator-focused training for community has shown higher survival rates and emerges as a highly successful strategy in a small city.

Conclusion (proposition de traduction) : Notre programme communautaire de formation simplifiée, centré exclusivement sur l’utilisation des défibrillateurs automatisés externes, a montré des taux de survie plus élevés et apparaît comme une stratégie particulièrement efficace dans une ville de petite taille.


Commentaire : Il s’agit d’une analyse observationnelle rétrospective monocentrique de très longue durée (23 ans), reposant sur un registre exhaustif et rigoureusement tenu, comparant des arrêts cardiaques extra-hospitaliers pris en charge soit par des volontaires formés au programme Progetto Vita, soit par les services médicaux d’urgence standards ; la méthodologie est adaptée à l’objectif de démonstration d’un effet de système, avec des analyses statistiques robustes incluant des modèles de régression multivariée ajustés, mais le niveau de preuve reste intermédiaire en raison de l’absence de randomisation, de différences démographiques importantes entre groupes et d’un risque de biais de sélection inhérent aux interventions citoyennes. Les résultats montrent de façon spectaculaire que l’intervention de volontaires formés à une stratégie simplifiée « DAE seul », associée à des délais d’intervention très courts, est corrélée à des taux exceptionnellement élevés de survie neurologiquement favorable chez les patients présentant un rythme choquable, y compris à des délais où les performances des services d’urgence chutent nettement.
Sur le plan pratique, cet article est particulièrement disruptif car il remet en question le paradigme dominant d’une formation universelle et complexe à la RCP, en suggérant que, dans la phase électrique précoce de l’arrêt cardiaque, la priorité absolue doit être donnée à la défibrillation la plus rapide possible, même en l’absence de compressions thoraciques initiales. Il met en évidence que la simplification extrême des messages et des gestes enseignés peut constituer un levier majeur d’efficacité à l’échelle populationnelle, à condition d’un maillage dense en DAE et d’une mobilisation communautaire durable. Le thème central est l’optimisation des stratégies de défibrillation d’accès public par des approches de formation simplifiées, et l’article constitue une référence pour repenser les politiques de formation, de déploiement des DAE et de mobilisation citoyenne dans la prise en charge moderne de l’arrêt cardiaque extra-hospitalier.

Scientific Priorities Related to the Use of Double Sequential External Defibrillation in Patients With Refractory Cardiac Arrest: Report From a Multistakeholder Thinktank.
Nichol G, Atkins DL, Koster RW, Kudenchuk PJ, Cabañas JG, Kupas DF, Crowe R, Chapman F, Bartos J, Deakin CD, Del Rios M, Silver A, Jorgenson D, Sasson C, Krucoff M. J Am Heart Assoc. 2025;14[21]:e044130
DOI: 10.1161/JAHA.125.044130

Editorial: Ventricular fibrillation (VF) is common among patients with out-of-hospital cardiac arrest. Cardiac arrest with VF has a more favorable prognosis than those with other rhythms, but about 25% of patients with VF are still fibrillating after 3 attempts at defibrillation. Use of 2 defibrillators close together in time, "double sequential external defibrillation" (DSED), has been proposed to treat patients who remain in VF. The DOSE VF (Defibrillation Strategies for Refractory Ventricular Fibrillation) trial enrolled patients with out-of-hospital cardiac arrest with refractory VF to compare DSED versus vector change defibrillation versus standard defibrillation. This trial reported a significant increase in survival with DSED and vector change. DSED was also associated with a significant increase in favorable neurologic outcome. No manual or automated defibrillator is approved for use for DSED. Clinicians can choose to use defibrillators to apply DSED off label at their discretion. But in the absence of recommendations from evidence-based guidelines, Food and Drug Administration, manufacturers, and clinicians face uncertainty about the effectiveness of DSED, its potential disruption of cardiopulmonary resuscitation interruption or use of other effective therapies, as well as potential adverse effects on patients to whom it is applied, and damage to the defibrillator. A collaborative, precompetitive thinktank including academic clinicians and researchers, regulators, and device manufacturers participated in a daylong meeting coconvened by the American Heart Association, the Cardiac Safety Research Consortium and the Food and Drug Administration. We summarize the discussion that sought to advance the understanding of the benefits and risks associated with DSED in patients who remain in VF.

Conclusion: After decades of observational reports, the DOSE-VF study provides credible randomized data suggesting that DSED could offer significant benefits to patients with refractory ventricular fibrillation. However, important uncertainties remain regarding patient selection, optimal technical execution, safety, and implementation. Collaborative efforts among clinicians, regulators, and industry are needed to define evidence-based pathways for future research, device development, and safe clinical use.

Conclusion (proposition de traduction) : Après plusieurs décennies de données observationnelles, l’essai DOSE-VF apporte des données randomisées crédibles suggérant que la double défibrillation séquentielle pourrait offrir un bénéfice significatif chez les patients présentant une fibrillation ventriculaire réfractaire. Néanmoins, des incertitudes importantes persistent concernant la sélection des patients, l’exécution technique optimale, la sécurité et les modalités d’implémentation. Des efforts collaboratifs entre cliniciens, autorités réglementaires et industriels sont nécessaires afin de définir des trajectoires fondées sur les preuves pour la recherche future, le développement des dispositifs et une utilisation clinique sécurisée.


Commentaire : Il s’agit d’un rapport de consensus d'expert issu d’un thinktank multidisciplinaire réunissant cliniciens, chercheurs, régulateurs et industriels, fondé sur une analyse critique approfondie de la littérature, des essais randomisés existants (notamment DOSE-VF), des données de registres et des enjeux réglementaires ; le niveau de preuve est expertiel mais élevé sur le plan conceptuel, avec une transparence notable sur les incertitudes, les biais des données disponibles (arrêt prématuré des essais, hétérogénéité des définitions de la VF réfractaire, analyses post hoc) et les zones de risque non résolues.
Sur le plan pratique, cet article permet de dépasser la simple question « la DSED fonctionne-t-elle ? » pour repositionner la DSED comme une stratégie de système nécessitant une sélection rigoureuse des patients, une distinction claire entre VF réfractaire et VF récidivante, une exécution technique maîtrisée et une réflexion approfondie sur la sécurité des patients, des équipes et des dispositifs. Il met en évidence que l’adoption non encadrée de la DSED comporte des risques potentiels (interruptions de RCP, retards d’autres thérapeutiques, dommages matériels) et que les bénéfices observés semblent surtout concerner des sous-populations bien définies.

Resuscitation
Impact of dispatcher-assisted cardiopulmonary resuscitation policy on outcomes following out-of-hospital cardiac arrest: an interrupted time series analysis.
Li Q, Zhang Z, Ding X, Li L, Ma X, Shao Y, Li J, Gao Y, Li X, Gao X, Zhao S, Li Y, Zhu Y, Lv Y. Resuscitation. 2025;216:110829
DOI: 10.1016/j.resuscitation.2025.110829

Background: Despite the increasing adoption of dispatcher-assisted Cardiopulmonary Resuscitation (DA-CPR), evidence on its efficacy remains relatively scarce in developing countries. This interrupted time-series study assessed the impact of the DA-CPR policy on Out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) outcomes in Shanghai, with the aim of informing evidence-based improvements in emergency care systems.

Methods: This study analyzed OHCA data reported by the Shanghai Medical Emergency Center from January 2019 to July 2024. Joinpoint regression analysis was used to identify and adjust for the impact of COVID-19 on OHCA outcomes. A modified autoregressive integrated moving average (ARIMA) model was used to quantify changes in outcomes before and after the implementation of the DA-CPR policy. Counterfactual analysis simulated OHCA outcomes trajectories without the policy, providing visual demonstration of the policy's effects.

Results: Among 75,628 OHCA cases (median age 85), annual OHCA incidence ranged from 144 to 287 per 100,000 population, with age-standardized rates of 60 to 105. The average bystander CPR rate was 4.643% (age-standardized: 10.554%), the average ROSC rate was 2.914% (age-standardized: 4.799%), and the 30-day survival rate was 0.376% (age-standardized: 1.379%). Time-series analysis showed a significant post-policy level increase of 3.553 percentage point in bystander CPR (95% CI 1.227-5.879, P < 0.05), 2.215 percentage point in ROSC (95% CI 1.052-3.380, P < 0.001) and 0.461 percentage point in 30-day survival (95% CI 0.025-0.898, P < 0.05).

Conclusions: DA-CPR implementation substantially improved OHCA outcomes in Shanghai, supporting its adoption in developing countries to optimize emergency care outcomes.

Conclusion (proposition de traduction) : La mise en œuvre de la RCP assistée par le régulateur a amélioré de manière significative le devenir des arrêts cardiaques extra-hospitaliers à Shanghai, soutenant son adoption dans les pays en développement afin d’optimiser les résultats des soins d’urgence.


Commentaire : l s’agit d’une étude populationnelle de grande ampleur fondée sur une analyse en séries temporelles interrompues, utilisant des méthodes statistiques avancées et adaptées à des données complexes dépendantes du temps (Joinpoint, ARIMA avec variable exogène, analyses contrefactuelles), incluant plus de 75 000 arrêts cardiaques extra-hospitaliers sur cinq ans ; le niveau de preuve est intermédiaire mais particulièrement solide pour l’évaluation d’une politique de santé publique, malgré des limites inhérentes à l’absence de randomisation, au caractère agrégé des données et à un contexte fortement influencé par la pandémie de COVID-19, même si celle-ci a été rigoureusement prise en compte par des méthodes d’imputation et d’exclusion ciblées. Les résultats montrent un effet net et cliniquement pertinent de l’implémentation de la DA-CPR, avec une augmentation significative des taux de RCP par témoins, de RACS et de survie à 30 jours, dans un contexte de très faible taux initial de RCP citoyenne et de population fortement âgée.
Sur le plan pratique, cet article est majeur car il démontre que, même dans des systèmes où la culture de la RCP est peu développée et les ressources limitées, une intervention organisationnelle centrée sur la régulation médicale peut améliorer de façon mesurable l’ensemble de la chaîne de survie. Il apporte une preuve robuste que la RCP assistée par le régulateur constitue un levier systémique puissant pour réduire les délais d’initiation de la RCP et améliorer le devenir, indépendamment de technologies complexes ou coûteuses.

Resuscitation plus
Cognitive limitations in depth estimation for dispatcher-assisted cardiopulmonary resuscitation: a prospective simulation study.
Kim MW, Lee SGW, Kim TH, Joo YH, Hong KJ. Resusc Plus. 2025;26:101093
DOI: 10.1016/j.resplu.2025.101093

Background: Dispatcher-assisted cardiopulmonary resuscitation (DACPR) protocols often instruct bystanders to perform chest compressions to a target depth of 50-60 mm. However, whether laypersons can accurately perceive and achieve these depth targets remains unclear. This study evaluated laypersons' ability to estimate 50 mm in horizontal length, vertical depth, and chest compression depth.

Methods: We conducted a prospective simulation study enrolling adult laypersons without cardiopulmonary resuscitation (CPR) training within two years. Participants were asked to draw a 50 mm line, press a vertical measurement plate to an estimated depth of 50 mm, and perform chest compressions to 50 mm. Tasks were repeated after provision of a 50 mm visual reference. Accuracy was assessed by calculating the mean difference from 50 mm and the proportion of estimations within the acceptable range (45-55 mm).

Results: 100 participants were enrolled. Horizontal length was significantly underestimated (mean difference -3.5 ± 16.6 mm,  = 0.036), with 25.0 % (95 % confidence interval [CI], 16.9 %-34.7 %) within the acceptable range. Vertical depth was significantly overestimated (mean difference +4.9 ± 19.4 mm,  = 0.044), with 26.0 % (95 % CI, 17.7 %-35.7 %) within range. Chest compression depth was significantly underestimated both before (44.5 ± 10.7 mm) and after (44.7 ± 11.0 mm) provision of visual reference (both  < 0.001), with no significant improvement after reference exposure ( = 0.548).

Conclusion: Laypersons have significant difficulty estimating 50 mm in length, vertical depth, and applying target chest compression depth. Providing a visual reference did not significantly improve performance.

Conclusion: Les personnes non professionnelles présentent des difficultés importantes pour estimer une longueur de 50 mm, une profondeur verticale équivalente et pour appliquer une profondeur cible de compressions thoraciques. La fourniture d’une référence visuelle n’a pas amélioré de manière significative les performances.


Commentaire : Il s’agit d’une étude prospective observationnelle en simulation, méthodologiquement rigoureuse, incluant 100 volontaires adultes sans formation récente en RCP, utilisant une approche originale dissociant estimation de longueur, estimation de profondeur et performance réelle de compressions thoraciques, avec des analyses statistiques appropriées et pré-spécifiées ; le niveau de preuve est intermédiaire, limité par le caractère simulé, l’absence de stress réel et l’évaluation sur un nombre restreint de compressions, mais très robuste sur le plan cognitif et ergonomique. Les résultats montrent de façon cohérente que les témoins sont incapables de traduire des consignes numériques de profondeur en gestes efficaces, avec une tendance marquée aux compressions insuffisamment profondes, et que même l’apport d’une référence visuelle explicite ne corrige pas cette limitation, mettant en évidence une barrière cognitive structurelle plutôt qu’un simple défaut d’information.
Sur le plan pratique, cet article est particulièrement impactant car il remet en cause le fondement même des instructions chiffrées de profondeur dans la RCP assistée par téléphone, en suggérant que celles-ci sont inadaptées aux capacités perceptives des témoins non formés. Il soutient de manière argumentée une évolution vers des consignes plus simples, orientées vers l’action et l’effort maximal plutôt que vers des cibles numériques abstraites, avec un potentiel direct d’amélioration de la qualité de la RCP par témoins.

Intramuscular epinephrine in cardiac arrest: A systematic review.
Alshaikh R, Sheikh A, Fleming C, Garcia-Bournissen F, Tijssen JA. Resusc Plus. 2025;26:101133
DOI: 10.1016/j.resplu.2025.101133

Background: Epinephrine administered by intravenous (IV) or intraosseous (IO) route is the first-line medication for cardiac arrest and is associated with improved survival. Intramuscular (IM) epinephrine is currently not indicated for cardiac arrest but may be faster and easier to administer and may result in improved patient outcomes.

Aim: To evaluate the evidence for IM epinephrine compared to IV or IO epinephrine in, and animals with cardiac arrest.

Methods: This systematic review followed the PRISMA guidelines and was registered in PROSPERO (CRD42021259729). Databases were searched for studies comparing IV, IO, and IM epinephrine administration in cardiac arrest up to June 2, 2025. Studies in children, adults, and animals with cardiac arrest were included. Studies involving neonates and unpublished studies (such as conference abstracts and trial protocols) were excluded. Two investigators reviewed studies for relevance, extracted data and assessed bias of individual studies using the ROBINS-I and OHAT tools. Certainty of evidence was evaluated using GRADE methodology.

Results: One observational adult out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) study, five animal studies, and one narrative review were included. For all studies, the risk of bias was moderate and certainty of evidence was low. In the one human before-and-after study of 1405 adults with OHCA, IM epinephrine was associated with improved survival (11.0 % vs 7.0 %; aOR 1.73, 95 % CI 1.10-2.71) and neurologically favourable survival (9.8 % vs 6.2 %; aOR, 1.72, 95 % CI 1.07-2.76) compared to IV/IO epinephrine. Animal studies in both adults and children had heterogeneous methods and results were mixed.

Conclusion: A limited number of studies have compared IM epinephrine to IV/IO or no epinephrine in cardiac arrest, including one human trial which showed improved neurological survival for IM epinephrine. Further studies, particularly randomized controlled trials in humans, to explore IM epinephrine for cardiac arrest are justified.

Conclusion (proposition de traduction) : Un nombre limité d’études a comparé l’administration intramusculaire d’adrénaline à l’administration intraveineuse ou intraosseuse, ou à l’absence d’adrénaline, dans l’arrêt cardiaque, incluant une étude humaine ayant montré une amélioration de la survie avec un pronostic neurologique favorable après administration intramusculaire. Des études complémentaires, en particulier des essais randomisés contrôlés chez l’homme, sont nécessaires pour explorer le rôle potentiel de l’adrénaline intramusculaire dans l’arrêt cardiaque.


Commentaire : Cette revue systématique, conduite selon les standards PRISMA et avec une évaluation rigoureuse du risque de biais et de la certitude des preuves (GRADE), met en évidence la pauvreté des données humaines disponibles et un niveau de preuve global faible, dominé par une seule étude observationnelle avant–après chez l’adulte et par des modèles animaux hétérogènes, ce qui limite toute conclusion définitive et expose à des biais de confusion temporelle et de sélection. Néanmoins, les résultats humains disponibles suggèrent de façon cohérente que l’administration intramusculaire d’adrénaline permet un accès plus précoce au traitement, avec un signal favorable sur la survie neurologique, sans démonstration d’effets délétères majeurs à ce stade. Ce travail est particulièrement intéressant car il remet en question un dogme ancien selon lequel l’absence d’accès vasculaire rendrait l’adrénaline intramusculaire inefficace en arrêt cardiaque, et il recentre le débat sur un déterminant clé de la réanimation moderne : le temps d’administration du médicament plutôt que sa seule voie d’injection. Il ouvre une réflexion pragmatique sur des stratégies simples, potentiellement applicables en préhospitalier ou dans des contextes à ressources limitées, où le retard à l’adrénaline est fréquent, et pose les bases physiologiques et organisationnelles d’une approche complémentaire aux voies IV/IO classiques, sans en proposer à ce stade une substitution.

Spatiotemporal disparities in automated external defibrillator access: identifying national deficits.
Jerjen SME, Gemperli A. Resusc Plus. 2025;26:101135
DOI: 10.1016/j.resplu.2025.101135

Background: Timely defibrillation is vital for survival after out-of-hospital cardiac arrest (OHCA), yet the availability of automated external defibrillators (AEDs) at critical moments remains uncertain. Placement guidelines emphasize high-traffic public sites, but most OHCAs occur at home and outside business hours, raising questions about accessibility. Few national studies address both geography and temporal availability. Switzerland's decentralized system without placement standards provides a critical test case. This study applies a spatial-statistical framework to analyze clustering, assess links between AED presence and population or employment density, and quantify accessibility deficits and affected populations.

Methods: We analyzed over 14,000 devices from the Swiss AED registry under two scenarios: those with 24-h access and all devices hypothetically available 24/7. Clustering was tested with Ripley's L and Moran's I. Associations with population or employment density were estimated using Bayesian spatial logistic models (BYM2), separating demographic effects from residual spatial structure. Accessibility deficits were defined as the gap between modeled and observed AED presence, weighted by demographic counts, and expressed as population-weighted risk scores.

Results: AEDs were significantly spatially clustered, with deployment more strongly aligned with employment than with residential population. Strong residual spatial structuring persisted beyond demographic effects. The 5 % of grid cells with the highest accessibility deficits contained between 16 % and 42 % of the national population or workforce.

Conclusion: AED deployment in Switzerland reflects historical and institutional patterns rather than risk-based planning. This study provides a framework for identifying spatial and temporal accessibility deficits and guiding more equitable AED placement.

Conclusion (proposition de traduction) : Le déploiement des défibrillateurs automatisés externes en Suisse reflète principalement des logiques historiques et institutionnelles plutôt qu’une planification fondée sur le risque réel. Cette étude propose un cadre méthodologique permettant d’identifier les déficits d’accessibilité spatiaux et temporels, afin d’orienter un déploiement des DAE plus équitable.


Commentaire : Ce travail repose sur une analyse nationale ambitieuse combinant des outils avancés de géostatistique (Ripley, Moran) et de modélisation bayésienne spatiale (BYM2), appliqués à plus de 14 000 DAE et à des données démographiques exhaustives, ce qui confère une grande robustesse aux résultats malgré l’absence de données directes d’incidence des arrêts cardiaques et le caractère observationnel du design. L’analyse montre clairement que la présence des DAE est bien plus corrélée à la densité d’emplois qu’à la population résidente, que l’accessibilité réelle est fortement limitée par les horaires d’ouverture, et que les zones les plus déficitaires concentrent une proportion disproportionnée de la population nationale.
Ce qui ressort dans cet article, c’est le décalage mis en évidence entre l’intention affichée des politiques de défibrillation et leur traduction concrète sur le terrain : les DAE sont visibles, nombreux, mais souvent mal placés au regard du risque réel, et parfois inutilisables au moment critique. Pour la pratique de l’arrêt cardiaque, ce travail déplace le regard du « nombre de DAE » vers la question beaucoup plus pertinente de leur accessibilité effective, en intégrant le temps, l’usage réel et les habitudes institutionnelles. Il alimente directement une réflexion opérationnelle sur la nécessité de sortir d’un déploiement opportuniste ou symbolique, pour aller vers une planification fondée sur l’exposition réelle de la population, l’accès 24/7 et une redistribution ciblée plutôt qu’une simple accumulation de dispositifs.

The quality of CPR delivered by EMS personnel wearing enhanced personal protective equipment during the COVID-19 pandemic: a retrospective cohort study from Perth, Australia.
Talikowska M, Belcher J, Golling E, Majewski D, Ball S, Birnie T, Finn J. Resusc Plus. 2025;26:101062
DOI: 10.1016/j.resplu.2025.101062

Purpose: To measure the quality of cardiopulmonary resuscitation (CPR) provided by Emergency Medical Services (EMS) personnel wearing 'enhanced' personal protective equipment (PPE) during the COVID-19 pandemic in Perth, Australia.

Methods: We undertook a retrospective cohort study of adult, non-traumatic, non-EMS-witnessed out-of-hospital cardiac arrests (OHCA) with resuscitation attempted by St John (Ambulance) Western Australia (SJWA) between 16/03/2020-16/05/2021; corresponding to the first 14 months of the COVID-19 pandemic. We reported the median (interquartile range [IQR]) compression depth, rate and fraction across the cohort, along with the proportion of cases compliant with resuscitation guidelines issued by the Australian and New Zealand Committee on Resuscitation (ANZCOR). We also looked for evidence of rescuer fatigue by comparing CPR quality during the first 10 min of resuscitation to the remaining CPR effort.

Results: Of 659 adult, non-traumatic, non-EMS-witnessed OHCA with SJWA-attempted resuscitation, 467 cases (71 %) had usable CPR quality data. The median (IQR) compression depth was 5.9 (5.4, 6.5) cm; with 89.5 % of cases having an average depth ≥5 cm as stipulated by ANZCOR guidelines. The median (IQR) compression rate was 108 (106, 110) min; with 99.8 % of cases having an average rate within the recommended range 100-120 min. The median (IQR) compression fraction was 91 (87, 93) %; ANZCOR recommends minimizing interruptions to compressions. Among 369 cases of sufficient duration to compare the first 10 min of resuscitation to the remaining CPR effort, we found no significant deterioration in CPR quality.

Conclusion: EMS personnel in Perth delivered high quality CPR, without evidence of fatigue, despite wearing enhanced PPE during the initial stages of the COVID-19 pandemic.

Conclusion (proposition de traduction) : Les équipes préhospitalières de Perth ont délivré une réanimation cardio-pulmonaire de haute qualité, sans signe de fatigue, malgré le port d’un équipement de protection individuelle renforcé au cours des premières phases de la pandémie de COVID-19.


Commentaire : Cette étude de cohorte rétrospective s’appuie sur un registre préhospitalier particulièrement robuste, avec un recueil objectif et continu de la qualité des compressions thoraciques grâce à des défibrillateurs équipés de capteurs, permettant une analyse fine de la profondeur, de la fréquence et de la fraction de compressions sur des durées de réanimation prolongées ; la méthodologie est solide pour répondre à la question posée, même si l’absence de groupe contrôle pré-pandémique et le caractère observationnel exposent à un risque de biais de sélection et limitent toute inférence causale sur les résultats cliniques.
Les données montrent de manière très cohérente que le port d’un équipement de protection individuel (EPI) renforcé n’altère ni la qualité des compressions thoraciques ni leur maintien dans le temps, y compris lors de réanimations longues ou en conditions environnementales défavorables, et qu’aucun signal de fatigue significative des sauveteurs n’est observé. Ce travail est particulièrement rassurant pour la pratique, car il contredit l’idée largement répandue que les contraintes physiques liées aux EPI compromettent inévitablement la qualité de la RCP sur le terrain. Il suggère que, dans des systèmes bien organisés, avec un nombre suffisant de sauveteurs et un monitorage de la qualité, les adaptations imposées par un contexte infectieux majeur peuvent être intégrées sans dégradation mesurable des gestes essentiels.
En filigrane, l’article recentre le débat non pas sur le port de l’EPI lui-même, mais sur l’importance du feedback, de l’organisation des équipes et du suivi objectif de la qualité de la RCP, y compris en situation exceptionnelle, ce qui en fait un apport utile pour penser la résilience des systèmes de secours face à de futures crises sanitaires.