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Dernière mise à jour le 10 janvier 2026

Bibliographie sur l'arrêt cardiaque

Mois de Octobre 2025

Canadian Journal of Emergency Nursing
Double (dual) sequential external defibrillation : A quick review of the literature
Tessier W, Blais S, Provost J, Ouellet S. CJEN [Internet]. 2025;48[2]:47-65
DOI: 10.29173/cjen504

Background: The use of double external defibrillation (DED) in refractory cardiac arrest has been gaining increasing interest in recent years. Unlike traditional defibrillation, DED uses two defibrillators, either simultaneously or sequentially, to deliver shocks. This approach aims to maximize the probability of restoring normal heart rhythm when conventional techniques fail. While a number of studies have examined the use of DED in the pre-hospital setting, data on its use in the hospital setting, particularly in the emergency department, is significantly lacking.

Objective: Synthesize current knowledge on the use of DED in hospital settings, focusing on reported practices and challenges arising from its implementation. Methods: A quick review of the literature was conducted, in accordance with the methodological recommendations of the Cochrane Rapid Review Working Group (Garritty et al., 2024). Databases consulted included PubMed, MEDLINE, EMBASE, CINAHL and the Cochrane Library.

Results: The initial search identified 356 articles published between 2004 and 2024. Fifteen articles were selected, detailing 18 case reports. Analysis of the cases helped to identify the potential benefits, limitations and risks associated with the use of DED in a hospital setting.

Conclusion: DED is generally used as a last resort, after traditional methods have failed. At present, the limited robustness of available studies does not allow us to establish its efficacy in comparison to simple defibrillation. Thus, randomized controlled trials are required to confirm its efficacy. For future practice, the uniqueness of clinical cases must be taken into account, and healthcare teams must consider a risk-benefit analysis for prolonged resuscitation. Standardization of procedures will also be essential to ensure optimal use of DED.

Conclusion (proposition de traduction) : La DDE est une technique généralement employée en dernier recours, après l’échec des méthodes traditionnelles. À ce jour, la faible robustesse des études disponibles ne permet pas d’établir son efficacité par rapport à la simple défibrillation. Ainsi, des essais contrôlés randomisés sont nécessaires pour en confirmer l’efficacité. Pour la pratique future, la singularité des cas cliniques doit être considérée et une analyse risque-bénéfice doit être envisagée par les équipes soignantes lors de réanimations prolongées. La standardisation des procédures sera aussi essentielle afin d’assurer une utilisation optimale de la DDE.


Commentaire : Cette revue rapide adopte une méthodologie pragmatique, adaptée à un objectif de mise à jour clinique pour les équipes d’urgence, en synthétisant les principales études observationnelles, séries de cas et essais récents consacrés à la double défibrillation externe, sans prétention à l’exhaustivité ni à une méta-analyse formelle ; le niveau de preuve est donc modéré à faible, mais assumé comme tel, avec une discussion honnête des biais, notamment la sélection des patients, la variabilité des techniques (vecteurs, synchronisation, énergie) et l’influence majeure des systèmes de soins.
Ce qui fait l’intérêt de cet article est moins la démonstration d’un effet que la manière dont il traduit la littérature existante en questions opérationnelles concrètes pour les services d’urgence : quand basculer vers une stratégie de secours, comment éviter les interruptions prolongées de RCP, comment former les équipes et sécuriser la mise en œuvre. Le texte met en évidence que la double défibrillation externe n’est ni un geste improvisé ni une solution universelle, mais une option de dernier recours qui n’a de sens que si elle est anticipée, protocolisée et intégrée dans une prise en charge globale de la fibrillation ventriculaire réfractaire.
En filigrane, l’article souligne le rôle central des équipes d’urgence dans l’appropriation raisonnée d’innovations issues du préhospitalier, en insistant sur la nécessité d’un cadre institutionnel clair plutôt que sur l’enthousiasme technique. Il s’agit donc moins d’un plaidoyer que d’un texte de maturation collective, utile pour accompagner la réflexion locale, la formation et la gouvernance clinique autour de la double défibrillation externe aux urgences.

JACC. Advances
Sex-Specific Outcome Following Targeted Blood Pressure, Oxygenation, and Fever Control After Out-of-Hospital Cardiac Arrest.
Holle SLD, Meyer MAS, Møller JE, Kjærgaard J, Schmidt H, Mølstrøm S, Grand J, Obling LER, Søholm H, Frydland M, Hassager C. JACC Adv. 2025;4[10 Pt 1]:102056
DOI: 10.1016/j.jacadv.2025.102056

Background: Previous studies show higher mortality for female patients with out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) compared to males. The BOX (Blood Pressure and Oxygenation Targets in Post Resuscitation Care) trial investigated the effects of different mean arterial pressure (MAP) targets, oxygenation levels, and durations of fever control, finding no significant differences between groups.

Objectives: The purpose of this study was to explore the association between sex and mortality rates by examining both the individual and possible interactive effects of the interventions in the BOX trial for both sexes.

Methods: This two-center, randomized trial included adult comatose OHCA patients (age ≥18 years) of presumed cardiac cause. Participants were assigned to a blinded MAP target of 63 or 77 mm Hg, open-label arterial oxygen levels of 9-10 or 13-14 kPa, and fever prevention for 36 or 72 hours. The primary outcome was 1-year all-cause mortality.

Results: Of 789 comatose OHCA patients, 152 (19%) were females. The median ages of females and males were similar, 64 (51-71) years and 64 (55-73) years, respectively. Comorbidities and characteristics of the cardiac arrest were comparable between sexes except for ischemic heart disease (females: 12%, males 24%). Mortality in females was 42% and 35% in males; HR: 1.27 (95% CI: 0.96-1.69). None of the targeted interventions had a statistically significant impact on mortality for either sex. No mortality difference between sexes was observed across the interventions.

Conclusions: Among comatose patients following OHCA, no differences were observed between sexes in 1-year mortality or the efficacy of the blood pressure, oxygen, or temperature intervention.

Conclusion (proposition de traduction) : Les données disponibles suggèrent que la défibrillation externe double pourrait améliorer les résultats dans la fibrillation ventriculaire réfractaire, en particulier lorsqu’elle est mise en œuvre précocement et dans le cadre de protocoles structurés. Néanmoins, la littérature actuelle reste limitée par de petits effectifs, une grande hétérogénéité des plans d’étude et l’absence d’essais randomisés de haute qualité spécifiquement menés aux urgences. En attendant des données supplémentaires, la défibrillation double doit être envisagée comme une stratégie de recours, intégrée à des protocoles institutionnels clairement définis et accompagnée d’une formation adaptée.


Commentaire : Cette analyse post hoc issue de l’essai randomisé BOX bénéficie d’un cadre méthodologique particulièrement solide, avec une randomisation factorielle, un suivi exhaustif à un an et des critères de jugement cliniquement pertinents, ce qui confère une forte crédibilité aux résultats malgré la sous-représentation persistante des femmes et les limites inhérentes à toute analyse secondaire.
L’étude montre de manière cohérente que, chez des patients ayant survécu à la phase initiale de l’arrêt cardiaque et bénéficié d’une prise en charge hospitalière standardisée, ni le sexe ni les stratégies de ciblage hémodynamique, ventilatoire ou thermique n’influencent la mortalité ou le devenir neurologique à long terme. Ce travail est intéressant moins pour ce qu’il individualise que pour ce qu’il déconstruit : il suggère que certaines différences de pronostic historiquement décrites entre hommes et femmes relèvent davantage de facteurs préhospitaliers, d’accès aux soins ou de profils de risque initiaux que de réponses différentielles aux traitements de réanimation post-arrêt cardiaque.
Pour la pratique, le message est clair et rassurant : lorsque les patients accèdent à une réanimation spécialisée structurée, une stratégie uniforme de soins post-RACS semble appropriée, sans nécessité d’adapter les cibles de pression, d’oxygénation ou de température en fonction du sexe. L’article invite ainsi à déplacer le débat vers les déterminants précoces de l’inégalité de survie et vers la qualité globale des systèmes de soins, plutôt que vers une individualisation biologique non étayée des protocoles de réanimation.

Resuscitation
Distance between OHCA and AED location within a community first responder system to achieve early AED connection.
Stieglis R, van Eeden VGM, Blom MT, Koster RW, van Schuppen H. Resuscitation. 2025;215:110721
DOI: 10.1016/j.resuscitation.2025.110721

Background: Automated external defibrillators (AEDs) from community first responder systems (CFR-system) are important to achieve early defibrillation in out-of-hospital cardiac arrest (OHCA). It is unclear how far community first responders (CFR) can travel to fetch and connect an AED to achieve this goal. This study aims to evaluate the relation of the distance between OHCA and the dispatched CFR-system AED and speed of AED-connection.

Methods: Within the Dutch prospective ARREST registry, OHCA patients from 2016 to 2021 with a connected CFR AED were identified. The location of each connected AED was retrieved. Straight-line distances between patient and AED-location were calculated using Google Maps. Time intervals between emergency-call and AED-connection were compared according to straight-line distances and degree of urbanization.

Results: Out of 3231 OHCAs with the CFR-system activated, 2037 (63%) patients had an AED connected before emergency medical services arrival, of which 426 by a CFR. Exact AED-locations were known in 387 OHCA (study population). Overall, the AEDs connected by a CFR where located within 949 m straight-line distance of the OHCA. AEDs connected within 6, 8, or 10 min of the emergency-call, were located within 506 m, 796 m and 838 m straight-line distance, respectively. In 44% of these cases, the CFR connected an AED to which he/she was not referred to, but taken from another address, which significantly impacted the maximal distance covered: 773 m for CFR-system referred AEDs versus 1126 m for not CFR-system referred (p = 0.001).

Conclusion: To facilitate early AED-connection (≤6 min), any address should have a CFR-system AED located within approx. 500 m.

Conclusion (proposition de traduction) : Afin de permettre une connexion précoce au défibrillateur automatisé externe (moins de six minutes), chaque adresse devrait disposer d’un DAE intégré à un système de premiers répondants communautaires situé à une distance d’environ 500 mètres.


Commentaire : Cette étude observationnelle prospective, issue du registre néerlandais ARREST, repose sur des données de terrain particulièrement solides, combinant horodatages synchronisés, localisation précise des DAE effectivement utilisés et analyses statistiques adaptées à une question très opérationnelle ; le niveau de preuve est intermédiaire mais élevé pour une étude de système, même si la généralisation peut être limitée par la forte densité de premiers répondants aux Pays-Bas et par l’absence de données complètes sur l’ensemble des DAE proposés lors de chaque alerte.
Les résultats apportent un éclairage très concret : contrairement aux modèles théoriques ou aux recommandations historiques fondées sur une « marche rapide » de une à deux minutes, la réalité montre que, pour qu’un DAE soit réellement connecté avant l’arrivée des secours, la distance doit être nettement plus courte, autour de 500 mètres pour un objectif de six minutes, et rarement au-delà de 800 mètres si l’on accepte un délai plus long. Ce travail met aussi en évidence un point souvent sous-estimé : près de la moitié des DAE apportés par les premiers répondants ne proviennent pas du dispositif indiqué par le système d’alerte, mais d’un DAE déjà en possession ou rencontré en chemin, ce qui questionne directement les algorithmes de dispatch et leur pertinence au-delà d’un certain rayon.
Pour la pratique de l’arrêt cardiaque, l’intérêt majeur de cet article est de transformer une problématique abstraite de densité de DAE en seuils spatiaux directement exploitables pour la planification territoriale, la configuration des systèmes d’alerte et l’évaluation réaliste des chances de défibrillation précoce. Il invite à abandonner une logique purement quantitative ou symbolique du déploiement des DAE, au profit d’une approche intégrée où distance réelle, temps, concurrence avec les autres premiers intervenants et comportement des volontaires conditionnent l’efficacité réelle de la chaîne de survie.

Effect of oxygen targets on pulmonary hemodynamics after out-of-hospital cardiac arrest - A sub-study of the BOX cardiac arrest trial.
Mølstrøm S, Beske RP, Grand J, Obling LER, Meyer MAS, Højgaard HF, Møller S, Møller JE, Møller-Sørensen H, Kjaergaard J, Hassager C, Schmidt H. Resuscitation. 2025;215:110680
DOI: 10.1016/j.resuscitation.2025.110680

Aim: Hypoxia may induce harmful effects in critically ill patients, potentially including pulmonary vasoconstriction. We aimed to assess the impact of two different oxygen targets on pulmonary hemodynamics in comatose patients resuscitated from out-of-hospital cardiac arrest (OHCA). Furthermore, we assessed the prevalence of pulmonary hypertension in patients with OHCA and its association with outcome.

Methods: Predefined, two-centre, prospective, double-blinded sub-study of the "Blood pressure and oxygenation targets after out-of-hospital cardiac arrest (BOX)"-trial. Patients were randomized to a restrictive oxygen target of a partial pressure of arterial oxygen (PaO) of 9-10 kPa or a liberal oxygen target of a PaO of 13-14 kPa. Invasive hemodynamic assessment was recorded from pulmonary artery catheterization and serial blood-gas analyses for an initial 48 h. The primary endpoint was the difference in pulmonary vascular resistance (PVR) within 48 h between oxygen groups using linear mixed models for repeated measures.

Results: Among 789 randomized patients, 730 (93%), who had right heart catheterization, were included in this sub-study. At admission, the median PVR, mean pulmonary artery pressure (mPAP), and pulmonary artery pulsatility index (PAPi) were 2.4 wood unit (WU) (95% CI, 1.7-3.4), 25 mmHg (95% CI, 21-30) and 1.3 (95% CI, 0.8-1.8), respectively. The average PVR in the liberal oxygen group was comparable to that of the restrictive group (mean difference 0.05 WU, 95% CI, -0.09 to 0.18, p = 0.50). MPAP, PAPi, and right atrial pressure did not differ between groups (p > 0.05). The adjusted odds ratio for one-year mortality increased progressively and linearly over a wide mPAP range. Compared with mPAP < 20 mmHg, pulmonary hypertension (mPAP > 30 mmHg) was associated with an increased risk of mortality (OR = 4.2; 95% CI, 2.0-9.2, p < 0.001).

Conclusion: Pulmonary hypertension is an independent risk factor for mortality in comatose resuscitated patients after OHCA. However, a restrictive oxygen strategy aiming at a PaO of 9-10 kPa during post-resuscitation critical care was not associated with a higher PVR or deterioration of right ventricular function compared to a liberal oxygen strategy.

Conclusion (proposition de traduction) : L’hypertension pulmonaire constitue un facteur de risque indépendant de mortalité chez les patients comateux réanimés après un arrêt cardiaque extra-hospitalier. En revanche, une stratégie d’oxygénation restrictive visant une PaO₂ de 9 à 10&nbsp;kPa au cours de la phase post-réanimation n’était pas associée à une augmentation des résistances vasculaires pulmonaires ni à une altération de la fonction ventriculaire droite par rapport à une stratégie plus libérale.


Commentaire : Cette sous-étude prospective, pré-spécifiée et méthodologiquement robuste de l’essai randomisé BOX s’appuie sur un monitorage hémodynamique invasif rarement disponible à cette échelle, avec plus de 700 patients bénéficiant de cathétérisme droit répété, ce qui confère une grande solidité physiopathologique aux résultats malgré un cadre observationnel secondaire.
Les analyses montrent de façon très claire que, dans les plages d’oxygénation actuellement utilisées en pratique clinique, le choix entre une stratégie restrictive ou libérale n’a pas d’impact mesurable sur les résistances pulmonaires, la pression artérielle pulmonaire moyenne ou la fonction ventriculaire droite au cours des 48 premières heures post-RACS. En revanche, l’étude met en lumière un élément souvent sous-estimé : la fréquence extrêmement élevée d’une hypertension pulmonaire transitoire après arrêt cardiaque, présente chez plus de 90 % des patients, et fortement associée à la mortalité à un an lorsque la pression pulmonaire dépasse certains seuils. Pour la pratique, ce travail rassure sur la sécurité hémodynamique d’une oxygénothérapie plus conservatrice et déplace le centre de gravité du débat : l’enjeu n’est probablement pas tant la PaO₂ cible que l’identification, la compréhension et la prise en charge des troubles hémodynamiques pulmonaires précoces qui accompagnent le syndrome post-arrêt cardiaque. Il ouvre ainsi une réflexion plus large sur le rôle pronostique de l’hypertension pulmonaire post-RACS, la place du monitorage avancé et la nécessité de stratégies individualisées allant au-delà des seules cibles ventilatoires.