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Dernière mise à jour le 10 janvier 2026

Bibliographie sur l'arrêt cardiaque

Mois de Septembre 2025

Internal and emergency medicine
Experiences, challenges, and best practices of dispatcher-assisted cardiopulmonary resuscitation: a scoping review.
Imbriaco G, Galazzi A, Semeraro F, Ramacciati N. Intern Emerg Med. 2025;20[6]:1869-1900
DOI: 10.1007/s11739-025-03991-7

Background: Out-of-hospital cardiac arrest is a leading cause of mortality, with survival rates from 8 to 13%. Dispatcher-assisted cardiopulmonary resuscitation (DA-CPR) may increase bystander-initiated CPR, improving survival outcomes. Despite these benefits, DA-CPR is often hindered by barriers and organizational issues.

Objective: To map and summarize the existing literature on DA-CPR, to identify strategies to improve provision rates, overcoming potential barriers.

Eligibility criteria: Primary studies with an English abstract, published between 2018 and 2024, focusing on experiences, challenges, and best practices related to DA-CPR. Studies were included if they reported on emergency callers and dispatchers (population), focusing on DA-CPR provision methods (concept), in any setting (context). Simulation studies were excluded.

Sources of evidence: The following databases were searched: Medline (PubMed), EMBASE, CINAHL, and the Cochrane Library. Grey literature from repositories, conference proceedings, and social media were also reviewed.

Charting methods: Characteristics of the included studies were reported in a specific extraction table and synthesized narratively.

Results: Fifty-eight studies were included. Results were categorized into themes (dispatcher, caller, system, and community/context). Dispatcher training, simplified protocols, effective communication, and video calls emerged as elements potentially improving DA-CPR provision. Caller-related barriers like emotional distress and language problems were prevalent. System-level interventions, including centralized call-handling and performance evaluations, improved DA-CPR rates. Community initiatives for CPR education enhanced bystander compliance.

Conclusions: This scoping review identifies strategies to enhance DA-CPR provision, emphasizing tailored dispatcher protocols, communication strategies, system-level improvements, and community-based interventions. Future research should evaluate the effectiveness of these strategies to optimize out-of-hospital cardiac arrest response.

Conclusion (proposition de traduction) : Cette revue de portée identifie plusieurs leviers permettant d’améliorer la mise en œuvre de la RCP assistée par le régulateur, en mettant l’accent sur des protocoles adaptés pour les dispatchers, des stratégies de communication efficaces, des améliorations organisationnelles des centres de régulation et des interventions communautaires ciblées. Des travaux futurs devront évaluer l’impact réel de ces stratégies afin d’optimiser la prise en charge de l’arrêt cardiaque extra-hospitalier.


Commentaire : Cette revue de portée, conduite selon la méthodologie JBI et rapportée selon PRISMA-ScR, agrège 58 études issues de contextes très variés, exclusivement fondées sur des situations réelles d’arrêt cardiaque, ce qui constitue sa principale force mais aussi sa limite, en l’absence volontaire d’évaluation formelle du risque de biais ou de hiérarchisation des preuves.
L’intérêt de ce travail est de déplacer le regard depuis la simple efficacité de la RCP guidée par un régulateur vers sa mise en œuvre concrète : comment les arrêts sont reconnus, comment les consignes sont formulées, comment les systèmes de régulation sont organisés, et comment les réactions humaines – panique, langage, croyances, contraintes physiques – influencent la réussite ou l’échec de la RCP assistée. L’article montre que les gains les plus constants ne proviennent pas d’innovations technologiques isolées, mais de protocoles simplifiés, d’une communication directive et rassurante, d’un entraînement continu des régulateurs, et d’un environnement organisationnel stable (centralisation, assurance qualité, feedback).
Pour la pratique de l’arrêt cardiaque, ce travail est particulièrement utile car il rappelle que la RCP guidée par un régulateur est avant tout un acte de médecine de système et de communication, fortement dépendant du contexte local, du niveau de préparation de la population et de la capacité des centres de régulation à standardiser sans rigidifier. Il fournit une cartographie très lisible des obstacles récurrents et des solutions pragmatiques, offrant ainsi un socle solide pour adapter, améliorer ou auditer un programme de RCP guidée par la régulation médicale, plutôt que pour défendre un modèle unique applicable partout.

JAMA network open
Advanced Airway Devices and End-Tidal Capnography Trends in Cardiac Arrest: A Secondary Analysis of a Randomized Clinical Trial.
Nassal MMJ, Elola A, Aramendi E, Gage CB, Powell JR, Jaureguibeitia X, Idris AH, Daya MR, Aufderheide TP, Carlson J, Stephens SW, Nichol G, Schmicker RH, Panchal AR, Wang HE. JAMA Netw Open. 2025;8[9]:e2531511
DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2025.31511

Importance: While variable advanced airway devices are used in out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) resuscitation, potential differences in ventilation metrics are not well known.

Objective: To characterize differences in end-tidal carbon dioxide (EtCO2) capnography trajectories between laryngeal tube (LT) and endotracheal intubation (ETI) during OHCA.
DESIGN, SETTING,

And participants: This secondary analysis of EtCO2 capnography waveforms from the Pragmatic Airway Resuscitation Trial (PART), a multicenter cluster-crossover randomized clinical trial, was performed November 1, 2023, through July 8, 2025. Participants in this analysis were adults (aged ≥18 years) with nontraumatic OHCA from 27 emergency medical services (EMS) agencies, which were placed into 13 clusters. Participants were assigned to LT or ETI airway management. All cases with 50% or greater interpretable EtCO2 signal were included.

Interventions: LT vs ETI airway management.

Main outcomes and measures: Mean maximal EtCO2 values within 1-minute epochs and trends over resuscitation after LT or ETI. Associations with OHCA outcomes were also evaluated, including sustained return of spontaneous circulation (ROSC) and 72-hour survival. Using the Mann-Whitney test, EtCO2 of LT and ETI cases were compared at 20-, 10-, and 1-minute resuscitation. EtCO2 trends over time were evaluated using Cochran-Armitage test of trend. Covariates in multivariable logistic regression models for outcomes were adjusted, including interaction between advanced airway device and EtCO2 trends.

Results: Of the 3004 cases in PART, 1113 (818 in LT and 295 in ETI groups) had available EtCO2 data and were included in the secondary analysis. Patients were mostly male (694 [62.4%]), had a median (IQR) age of 64 (52-75) years, and had a nonshockable (941 [84.6%]), nonpublic (999 [89.8%]) OHCA. ROSC occurred in 144 patients (17.6%) receiving LT and 54 (18.3%) receiving ETI. EtCO2 values did not differ between LT and ETI groups (20-minute resuscitation: 33.9 vs 29.4 mm Hg, P = .07; 10-minute resuscitation: 30.9 vs 28.5 mm Hg, P = .89; 1-minute resuscitation: 32.2 vs 28.3 mm Hg, P = .28). In ROSC compared with non-ROSC cases, patients in LT (27.9 to 52.3 mm Hg vs 32.6 to 23.5 mm Hg; P < .001) and ETI (38.2 to 46.7 mm Hg vs 27.7 to 20.0 mm Hg; P < .001) groups exhibited increasing EtCO2 during resuscitation. EtCO2 trend and advanced airway interaction was associated with ROSC (odds ratio [OR], 1.75; 95% CI, 1.25-2.45) but not survival (OR, 1.21; 95% CI, 0.90-1.61). Therefore, we performed an advanced airway stratified analysis for ROSC (ETI: OR, 2.34 [95% CI, 1.67-3.26]; LT: OR, 1.33 [95% CI, 1.20-1.47]).

Conclusions and relevance: In this secondary analysis of PART, EtCO2 values did not differ between LT and ETI. However, due to significant interaction between advanced airway device and EtCO2 trends, individual interpretation of these parameters may not be accurate.

Conclusion (proposition de traduction) : Dans cette analyse secondaire de l’essai PART, les valeurs de CO₂ télé-expiratoire ne différaient pas entre le tube laryngé et l’intubation trachéale. En revanche, l’existence d’une interaction significative entre le type de dispositif de voie aérienne avancée et l’évolution du CO₂ télé-expiratoire suggère que l’interprétation individuelle de ces paramètres peut être imprécise.


Commentaire : Cette analyse secondaire exploite de façon particulièrement fine les données capnographiques continues de l’essai randomisé PART, avec plus de 1 100 patients disposant de tracés interprétables, ce qui en fait l’un des travaux les plus robustes à ce jour sur l’EtCO₂ en arrêt cardiaque préhospitalier. Sur le plan méthodologique, l’étude est solide, combinant analyses temporelles, modélisation multivariée et prise en compte de l’interaction entre dispositif de voie aérienne et pente d’évolution de l’EtCO₂, tout en restant limitée par son caractère post hoc et par une population majoritairement composée de rythmes non choquables.
Les résultats montrent un point essentiel pour la pratique : les valeurs absolues d’EtCO₂ sont globalement similaires quel que soit le dispositif utilisé, mais la dynamique de l’EtCO₂ au cours de la réanimation n’a pas la même signification selon que le patient est ventilé par tube laryngé ou par intubation trachéale. Autrement dit, un même signal capnographique peut traduire des réalités physiologiques différentes selon la stratégie de voie aérienne, probablement en lien avec des effets distincts sur les pressions intrathoraciques, le retour veineux et la perfusion coronaire. Pour la prise en charge de l’arrêt cardiaque, cet article invite à une lecture plus prudente et contextualisée de l’EtCO₂ : il ne s’agit pas d’un chiffre universellement interprétable, mais d’un biomarqueur dépendant de l’interface respiratoire choisie. Le message pratique est clair : les tendances ascendantes de l’EtCO₂ restent un signal encourageant quel que soit le dispositif, mais leur utilisation pour guider les décisions de poursuite ou d’arrêt de la réanimation ne peut être dissociée de la stratégie de ventilation mise en œuvre.

Advanced Airway Practice Patterns and Out-of-Hospital Cardiac Arrest Outcomes.
Nassal MMJ, Yang BY, Hall J, Shin J, Gage CB, Powell JR, Panchal AR, Latimer AJ, Wang HE, Rea TD, Johnson NJ. JAMA Netw Open. 2025;8[9]:e2532334
DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2025.32334

Importance: Although advanced airway (AA) practice patterns have varied over time, their association with out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) outcomes is unknown.

Objective: To determine the association between AA temporal practice patterns of emergency medical service (EMS) agencies and OHCA outcomes.
DESIGN, SETTING,

And participants: This cross-sectional study used data from multicenter EMS agencies participating in the Cardiac Arrest Registry to Enhance Survival database. The study included adults (aged ≥18 years) with OHCA treated by EMS agencies that had 25 or more OHCA episodes annually from January 1, 2016, through December 31, 2022.

Exposure: AA interventions included supraglottic airway (SGA) device use or endotracheal intubation (ETI). Patients were categorized into groups using the following EMS agency-level patterns defined by predominant AA use before and after 2019: (1) ongoing ETI, (2) ongoing SGA use (ongoing SGA), (3) transitioning from ETI to SGA use (ETI to SGA), or (4) transitioning from SGA use to ETI (SGA to ETI).

Main outcomes and measures: Mixed-effects logistic regression models accounting for EMS agency clustering and adjusting for Utstein variables were used to evaluate the association between EMS agency AA practice patterns and OHCA outcomes including return of spontaneous circulation (ROSC) and survival. Subanalyses were also conducted for agencies in the lowest survival quartile. Odds ratios (ORs) are reported with 95% CIs.

Results: This study included 350 216 patients with OHCA treated by 254 eligible EMS agencies. The 214 EMS agencies (n = 305 341 patients) with a predominant AA pattern were grouped as follows for temporal pattern analysis: ongoing ETI (n = 72 [33.6%]), ongoing SGA (n = 66 [30.8%]), ETI to SGA (n = 67 [31.3%]), or SGA to ETI (n = 9 [4.2%]). Patients were predominantly male (62.2%), with a median age of 64 (IQR, 52-76) years, and most (81.7%) presented with nonshockable rhythms. ROSC occurred in 30.8% of patients, and 10.4% of patients survived to hospital discharge. Predominant SGA use among EMS agencies increased from 65 agencies in 2016 to 113 in 2022. ROSC decreased in all 4 groups from before to after 2019 as follows: from 36.5% to 30.7% (OR, 0.80 [95% CI, 0.77-0.82]) for ongoing ETI, from 32.4% to 26.4% (OR, 0.75 [95% CI, 0.73-0.78]) for ongoing SGA, from 32.1% to 28.5% (OR, 0.88 [95% CI, 0.85-0.91]) for ETI to SGA, and from 36.7% to 33.3% (OR, 0.92 [95% CI, 0.83-1.03]) for SGA to ETI. For the 15 lower-performing agencies (n = 20 860 patients) that transitioned from ETI to SGA after vs before 2019, an association with higher ROSC (from 25.7% to 29.1%; OR, 1.16 [95% CI, 1.09-1.24]) and survival (from 5.6% to 6.3%; OR, 1.17 [95% CI, 1.04-1.32]) was observed.

Conclusions and relevance: In this cohort study, SGA use among EMS agencies increased over time. Although ROSC declined for all AA temporal practice patterns, the transition from ETI to SGA use at EMS agencies with lower baseline survival was associated with improved outcomes. Future studies are warranted to confirm these findings and to evaluate whether the observed associations are consistent across diverse populations.

Conclusion (proposition de traduction) : Dans cette étude de cohorte, l’utilisation des dispositifs supraglottiques par les services de secours préhospitaliers a augmenté au fil du temps. Bien que les taux de retour à une circulation spontanée aient diminué pour l’ensemble des stratégies de gestion avancée des voies aériennes, la transition de l’intubation trachéale vers les dispositifs supraglottiques dans les services ayant initialement de faibles taux de survie était associée à une amélioration des résultats. Des études complémentaires sont nécessaires pour confirmer ces observations et évaluer leur reproductibilité dans différents contextes de population.


Commentaire : Ce travail s’appuie sur une analyse transversale de très grande ampleur issue du registre CARES, incluant plus de 350 000 arrêts cardiaques et 254 services de secours, avec une approche originale centrée non pas sur le geste individuel mais sur les stratégies dominantes de service dans le temps, ce qui constitue à la fois sa force conceptuelle et sa principale limite méthodologique.
Les modèles statistiques mixtes, robustes et ajustés sur les variables Utstein, montrent que l’évolution globale des résultats après 2019 est défavorable quel que soit le choix de la voie aérienne, probablement sous l’effet de facteurs systémiques (pandémie, baisse de la RCP par témoins, retards de soins), mais que cette dégradation est partiellement atténuée dans les services historiquement moins performants ayant abandonné une stratégie d’intubation trachéale dominante au profit des dispositifs supraglottiques. Ce signal, modeste mais cohérent, suggère que dans certains systèmes, la simplification technique de la gestion des voies aériennes peut libérer de l’attention cognitive et opérationnelle pour d’autres déterminants majeurs de la RCP, comme la continuité des compressions ou l’organisation de l’équipe. L’article invite ainsi à sortir d’un débat binaire « ETI versus SGA » pour adopter une lecture beaucoup plus systémique : le bénéfice potentiel d’un dispositif dépend moins de ses performances intrinsèques que de son adéquation au niveau d’expertise, au volume d’activité et à la maturité organisationnelle du service qui l’utilise.
Pour la prise en charge de l’arrêt cardiaque, ce travail soutient une approche pragmatique et contextualisée des voies aériennes avancées, dans laquelle la stratégie la plus simple et la plus reproductible peut, dans certains environnements, être celle qui protège le mieux la qualité globale de la réanimation.

Rise of Supraglottic Airway Use for Out-of-Hospital Cardiac Arrest.
Huebinger R. JAMA Netw Open. 2025;8[9]:e2532341
DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2025.32341

Editorial: The COVID-19 pandemic led to numerous shifts in the medical world, one of the most pronounced being prehospital advanced airway (AA) practice. After the pandemic began in 2020, supraglottic airway (SGA) device use quickly increased in prevalence compared with endotracheal intubation (ETI) in the prehospital setting. In contrast to many changes that occurred during the early pandemic, AA practice changes were further driven by an influential randomized clinical trial published just prior to the pandemic, linking SGA use to improved outcomes for out-of-hospital cardiac arrest (OHCA). Although the prevalence of SGA use increased from 2020 and onward, little is known about (1) how emergency medical service (EMS) agency-level changes drove the increases in SGA use and (2) how changes in agency-level practice affected OHCA outcomes. Nassal et al address these important gaps with their study of associations between EMS agency AA practice patterns and OHCA outcomes.

Conclusion: The shift from endotracheal intubation to supraglottic airway use for OHCA appears likely safe and potentially beneficial for some EMS agencies, particularly those with historically lower survival. However, this transition raises important questions regarding skill maintenance, training strategies, and the broader implications for prehospital airway management beyond cardiac arrest.

Conclusion (proposition de traduction) : Le passage de l’intubation trachéale à l’utilisation de dispositifs supraglottiques dans l’arrêt cardiaque extra-hospitalier apparaît globalement sûr et potentiellement bénéfique pour certains services de secours, en particulier ceux présentant historiquement des taux de survie plus faibles. Cette évolution soulève toutefois des questions importantes concernant le maintien des compétences, les stratégies de formation et les implications plus larges pour la gestion préhospitalière des voies aériennes au-delà de l’arrêt cardiaque.


Commentaire : Ce commentaire propose une lecture particulièrement éclairante et nuancée des évolutions récentes des pratiques de gestion des voies aériennes préhospitalières, en s’appuyant sur les données du registre CARES et sur l’étude de Nassal et al. analysant les stratégies dominantes des services plutôt que les gestes individuels.
L’intérêt du texte ne réside pas dans l’apport de données nouvelles, mais dans sa capacité à contextualiser un signal déjà observé : dans une période globalement défavorable aux résultats de l’arrêt cardiaque, les services ayant simplifié leur stratégie en adoptant les dispositifs supraglottiques comme voie aérienne de première intention semblent avoir partiellement amorti la dégradation des résultats, en particulier lorsqu’ils partaient de niveaux de performance faibles. Le raisonnement proposé est pragmatique et convaincant : une technique moins exigeante sur le plan technique et cognitif peut libérer des ressources attentionnelles pour préserver les déterminants majeurs de la RCP, comme la continuité des compressions, la coordination d’équipe et la gestion du temps. En parallèle, l’article met le doigt sur un effet collatéral rarement discuté : la diminution de l’exposition à l’intubation trachéale, avec le risque progressif de perte de compétence pour des situations où celle-ci reste indispensable. Ce commentaire éclaire ainsi l’enjeu réel derrière le débat Intubation endotrachéale versus dispositif supraglottique : il ne s’agit pas de désigner une technique « supérieure », mais de trouver, pour chaque système de secours, un équilibre dynamique entre simplicité opérationnelle, sécurité immédiate du patient et maintien des compétences avancées à long terme. Pour la prise en charge de l’arrêt cardiaque, ce texte aide à penser les choix de voies aériennes comme une décision organisationnelle et stratégique, indissociable du niveau d’expertise, du volume d’activité et des priorités globales du système préhospitalier.

Resuscitation
Precision timing in public-access defibrillation: a study of time-stamped data recorded by automatic external defibrillator from railway stations.
Homma Y, Aiba J. Resuscitation. 2025;214:110697
DOI: 10.1016/j.resuscitation.2025.110697

Background: Early defibrillation by a bystander using an automated external defibrillator (AED) is essential to improve outcomes from out-of-hospital cardiac arrest. Railway stations have been considered ideal locations for public access defibrillation (PAD). This study aims to analyze second-by-second time-stamped data recorded by AEDs deployed at Japanese railway stations to better understand how AEDs are actually operated in the real world.

Methods: A retrospective observational study was conducted using internal data from 1066 AEDs deployed at railway stations. Data were collected from March 2019 to August 2023. Time-stamped variables were evaluated as follows: power-on, start and completion of rhythm analysis, shock delivery or internal discharge, and power-off. AED operating times were categorized into four time periods and frequency of use was descriptively summarized.

Results: The AEDs were activated 384 times during 53 months; shockable rhythms were identified in 111 out of 384 cases (29.4 %) and shocks were delivered in 109 out of 384 cases (28.9 %). Internal discharges occurred in only two cases (1.8 %). The median time from power-on to rhythm analysis was 53 s, and the median interval from completion of charge to shock delivery was 5 s. The number of uses varied by location, with some devices used up to 10 times and others not used at all.

Conclusions: Second-by-second AED log data in real world can provide valuable insight into the actual implementation of PAD programs. Railway stations are high-impact locations for AED deployment, and such data can provide a practical benchmark for assessing and improving AED accessibility.

Conclusion (proposition de traduction) : Cette étude montre que les données opérationnelles enregistrées seconde par seconde directement par les DAE peuvent fournir des informations précieuses sur leur utilisation réelle dans les espaces publics. Les résultats suggèrent que les gares ferroviaires constituent des lieux particulièrement efficaces pour le déploiement des défibrillateurs automatisés externes.


Commentaire : Ce travail se distingue par une approche méthodologique originale, fondée exclusivement sur l’exploitation de données internes horodatées des DAE, ce qui permet d’accéder à une granularité temporelle rarement atteinte dans les études sur la défibrillation d’accès public et d’éliminer presque totalement les biais de déclaration ou de mémoire. L’analyse de plus de mille DAE installés dans des gares japonaises met en évidence des délais extrêmement courts entre l’activation de l’appareil, l’analyse du rythme et la délivrance du choc, traduisant une efficacité opérationnelle élevée des témoins dans ces environnements à forte fréquentation.
Ce qui ressort surtout de cet article est le contraste entre l’intensité d’utilisation de certains dispositifs et l’inactivité complète d’autres, y compris dans des lieux à fort trafic, soulignant que la simple présence d’un DAE ne garantit ni son accès réel ni son usage effectif. Pour la prise en charge de l’arrêt cardiaque, ce travail apporte une contribution très concrète en fournissant des repères temporels réalistes et mesurés, utiles pour évaluer la performance des programmes de défibrillation d’accès public au-delà des indicateurs classiques. Il suggère également que l’avenir de l’optimisation des chaînes de survie passera moins par des estimations théoriques que par l’analyse fine de données objectives issues des dispositifs eux-mêmes, capables de révéler où se situent réellement les gains et les pertes de temps critiques dans des situations réelles.

Resuscitation plus
Management of persistent shockable rhythms during cardiac arrest: a national survey from the REVIVE group (REVIVE-2).
Sidebottom DB, Gleeson-Hammerton T, Pike J, Watson AJR, Owen P, Jeffery D, Hannah J, Taylor M, Raitt J, Plumb J. Resusc Plus. 2025;25:101008
DOI: 10.1016/j.resplu.2025.101008

Background: A number of novel treatment strategies have been proposed for managing persistent/refractory ventricular fibrillation (VF) and pulseless ventricular tachycardia (pVT). This survey investigated current practices amongst UK Helicopter Emergency Medical Services (HEMS) in preparation for a clinical trial of esmolol for persistent VF/pVT.

Method: This was a cross-sectional survey of the prehospital management of persistent VF/pVT by UK HEMS. A peer-reviewed, pre-piloted survey was distributed to all 21 UK HEMS in January 2025 via the National HEMS Research and Audit forum. The survey included the operationalised definitions of persistent VF/pVT and pharmacological/non-pharmacological management strategies used by services. The survey was distributed via Google Forms and analysed in R (v4.4).

Results: Of UK HEMS services that attend medical cardiac arrests, 19/20 (95%) responded. A formal protocol for the management of persistent VF/pVT existed in 10/19 (53%) services, with 8/10 (80%) defining persistent/refractory as ≥ 3 failed shocks. Modification of adrenaline dosing from the standard treatment algorithm was performed in 9/19 (47.4%) services (de-emphasised in all cases). Esmolol administration as part of a persistent VF/pVT protocol was reported by 2/19 (11%) of services. Most services administered intravenous lidocaine (14/19) and/or magnesium (18/19) for persistent rhythms or at the clinician's discretion. All services permitted vector change defibrillation technique for persistent VF/pVT, with 6/19 (32%) services additionally permitting dual sequential defibrillation.

Conclusion: Treatment strategies for managing persistent VF/pVT vary widely between UK HEMS. Further data is required to support an evidence-based pharmacological approach to this cohort.

Conclusion (proposition de traduction) : Les stratégies de prise en charge des fibrillations ventriculaires et tachycardies ventriculaires sans pouls persistantes varient largement entre les services héliportés de secours britanniques. Des données supplémentaires sont nécessaires afin de soutenir une approche pharmacologique fondée sur des preuves pour cette population de patients.


Commentaire : Cette enquête nationale transversale, quasi exhaustive, offre une photographie très fidèle des pratiques réelles des équipes HEMS britanniques face aux rythmes choquables persistants, avec une méthodologie simple mais rigoureuse, fondée sur des définitions opérationnelles partagées et une analyse descriptive transparente. Ce qui ressort avant tout est l’extrême hétérogénéité des stratégies adoptées dès que l’arrêt cardiaque sort du cadre algorithmique classique : dé-emphase de l’adrénaline dans près de la moitié des services, recours fréquent mais non standardisé à la lidocaïne et au magnésium, usage très marginal mais protocolisé des bêtabloquants comme l’esmolol, et adoption variable des techniques de défibrillation alternatives, du simple changement de vecteur jusqu’à la défibrillation séquentielle double.
Ce travail met en évidence un décalage assumé entre recommandations génériques et pratiques de terrain : face à des rythmes réfractaires, les cliniciens experts adaptent, expérimentent et s’écartent des algorithmes standards, souvent sur la base d’un raisonnement physiopathologique plus que de preuves solides. Pour la pratique de l’arrêt cardiaque, cet article n’apporte pas de solution clé en main, mais il joue un rôle essentiel de révélateur : il montre où se situent les zones d’incertitude clinique, quels traitements sont déjà largement utilisés malgré un faible niveau de preuve, et pourquoi des essais pragmatiques comme REVIVE sont devenus indispensables. Il aide ainsi à comprendre que la prise en charge des rythmes choquables persistants est aujourd’hui moins un problème de manque d’options que de manque de hiérarchisation fondée sur des données robustes, dans un domaine où chaque minute et chaque décision peuvent avoir un impact majeur.

Optimization of dispatcher instruction for public-access automated external defibrillator retrieval and use: A scoping review.
Snow L, Whiting J, Olasveengen TM, Bray JE, Smith CM, International Liaison Committee on Resuscitation Basic Life Support Task Force. Resusc Plus. 2025;25:101005
DOI: 10.1016/j.resplu.2025.101005

Background: Public-access defibrillation is a key step in the chain of survival. Emergency Medical Services dispatchers can help the public locate and use public-access Automated External Defibrillators (AEDs), but there is little information about effectiveness of dispatcher instructions for AED use. This scoping review investigates evidence about the effect of dispatch instruction for public-access AED retrieval and use on process and patient outcomes.

Methods: The research team searched MEDLINE, EMBASE and Cochrane libraries, performed bibliography searches and reviewed 'related articles' identified by PubMed and Google Scholar. We reported patient outcomes including survival to hospital discharge, and process outcomes including rates of and time to AED retrieval and use, and competent AED use.

Results: We identified 21 articles: eight clinical observational studies and 13 simulation studies. The only study reporting on clinical outcomes reported that AED application following dispatcher assistance was associated with statistically significant increases in survival to hospital discharge (adjusted odds ratio [AOR] 3.01, 95% confidence interval [CI] 1.56-5.82) and survival with favourable neurological outcome (AOR 5.46, 95% CI 1.95-15.3), but shock delivery itself was not. Clinical studies reported that dispatch instruction facilitated AED retrieval and use. In simulations, dispatch instruction resulted in an overall shorter time to first shock but, if measuring only the time interval after the AED had arrived, dispatch instructions introduced delay to first shock. Dispatch instruction also resulted in competent AED use more frequently. There were conflicting results about the benefits of video dispatch instructions.

Discussion: There is little high-quality evidence about the effect of dispatcher instruction for AED retrieval and use on patient outcomes.

Conclusion (proposition de traduction) : Il existe peu de données de haute qualité permettant d’évaluer l’impact des consignes des régulateurs concernant la recherche et l’utilisation des DAE sur le devenir des patients. Les régulateurs peuvent néanmoins jouer un rôle déterminant dans la décision de rechercher et d’utiliser un DAE lors d’un arrêt cardiaque extra-hospitalier, ainsi que dans la réduction des délais de récupération. En revanche, l’effet direct de ces consignes sur les résultats cliniques reste incertain et nécessite des études de meilleure qualité. L’optimisation de ces protocoles représente une opportunité d’améliorer l’utilisation des DAE par les témoins, à condition de ne pas compromettre d’autres éléments essentiels de la prise en charge de l’arrêt cardiaque.


Commentaire : Cette revue de portée, conduite selon les standards PRISMA-ScR et le cadre méthodologique de l’ILCOR BLS Task Force, dresse un état des lieux très complet mais volontairement non hiérarchisé des données disponibles sur l’assistance des régulateurs pour l’accès aux DAE, en combinant études cliniques observationnelles et travaux de simulation.
Sa force est de montrer, chiffres à l’appui, que l’intervention du régulateur augmente clairement les taux de récupération et d’utilisation des DAE, avec un signal clinique encourageant issu d’une seule étude avant–après bien conduite, mais que les preuves restent fragmentaires, hétérogènes et largement indirectes. L’analyse met en lumière une tension centrale : les consignes de recherche de DAE accélèrent globalement l’accès au choc lorsqu’on raisonne à l’échelle de l’événement, mais peuvent introduire des micro-retards une fois l’appareil sur place, en particulier lorsque les consignes sont complexes ou trop détaillées. Ce travail est particulièrement utile car il déplace le débat du « faut-il dire d’aller chercher un DAE » vers le « comment, quand et à qui faut-il le demander », en soulignant l’importance du langage utilisé, de la charge cognitive imposée au témoin, de la présence d’un second sauveteur et du contexte réel de l’appel. Il montre aussi que l’enjeu n’est pas seulement technique mais profondément organisationnel et humain : la capacité du régulateur à reconnaître la situation, à simplifier le message et à maintenir la priorité sur les gestes essentiels conditionne l’efficacité réelle de la défibrillation d’accès public.
Cet article apporte ainsi une base solide pour repenser les scripts de régulation, non comme des algorithmes figés, mais comme des outils adaptatifs intégrés à l’ensemble de la chaîne de survie.

Pad size, orientation, and placement for defibrillation during basic life support: A systematic review.
Ristagno G, Semeraro F, Raffay V, Stirparo G, Lulic I, Deakin CD, Drennan IR, Del Castillo J, Acworth J, Morley PT, Perkins GD, Smith M, Olasveengen TM, Bray JE, International Liaison Committee on Resuscitation Basic Life Support Task Force Members, Advanced Life Support Task Force Members, Pedriatic Life Support Task Force Members. Resusc Plus. 2025;25:101030
DOI: 10.1016/j.resplu.2025.101030

Aim: To evaluate the impact of defibrillation pad size, orientation, and position on clinical outcomes in adult and paediatric cardiac arrest with a shockable rhythm through a systematic review of available evidence.

Methods: A systematic review was registered with PROSPERO (CRD42024512443). Searches were performed across PubMed, EMBASE, and the Cochrane Library up to March 31st, 2025. Studies involving adults or children with cardiac arrest and comparing pad sizes or positions were included. Risk of bias was assessed using the RoB 2.0 and ROBINS-I tools, and the certainty of evidence was evaluated using GRADE methodology.

Results: Of 7855 screened studies, four met inclusion criteria, e.g. 1 randomized clinical trial (RCT) and 3 observational studies in adults, covering 1334 adult cardiac arrest patients. Evidence on pad size, deriving from an observational study enrolling 314 patients, was sparse and inconclusive, with no significant differences in defibrillation success between large and small pads (OR 0.82[0.42-1.60]). For pad orientation, no evidence was found. For pad placement, one RCT including 280 patients suggested a potential survival benefit from vector-change defibrillation using anterior-posterior (AP) pad placement in refractory ventricular fibrillation (VF), compared to the standard anterior-lateral (AL) placement (adj. RR 1.71[1.01-2.88]). Data from two observational studies including 739 patients were conflicting and limited by high risk of bias.

Conclusion: Evidence remains inconclusive to support the superiority of any specific pad size, orientation or position for improving survival or neurological outcomes in cardiac arrest. However, vector-change to the AP position may offer benefit in cases of refractory VF. High-quality RCTs are needed to further inform clinical practice.

Conclusion (proposition de traduction) : Les données disponibles ne permettent pas de conclure à la supériorité d’une taille, d’une orientation ou d’une position particulière des électrodes pour améliorer la survie ou le pronostic neurologique lors d’un arrêt cardiaque. En revanche, le changement de vecteur vers une position antéro-postérieure pourrait apporter un bénéfice dans les cas de fibrillation ventriculaire réfractaire. Des essais randomisés de haute qualité sont nécessaires pour mieux guider la pratique clinique.


Commentaire : Cette revue systématique, conduite selon les standards méthodologiques ILCOR, PRISMA et GRADE, met en évidence un contraste frappant entre l’importance physiologique théorique de la position des électrodes et la faiblesse réelle des preuves cliniques disponibles. Malgré un corpus de plus de 7 800 publications initialement identifiées, seules quatre études ont pu être retenues, dont un unique essai randomisé, toutes marquées par un risque de biais élevé et une forte hétérogénéité, ce qui limite toute extrapolation large.
Ce travail est néanmoins intéressant car il clarifie ce que l’on sait réellement : en dehors des situations de fibrillation ventriculaire réfractaire, aucune donnée solide ne justifie de s’écarter de la position antéro-latérale standard lors des premières tentatives de défibrillation. En revanche, lorsque l’arrêt cardiaque s’installe dans une dynamique réfractaire ou récidivante, le changement de vecteur vers une configuration antéro-postérieure apparaît comme une stratégie raisonnable, soutenue par un signal cohérent sur la terminaison de la FV et la survie hospitalière. L’article rappelle aussi, de façon implicite mais essentielle, que les erreurs de positionnement des électrodes sont fréquentes, y compris chez des professionnels expérimentés, et que l’efficacité réelle de la défibrillation dépend autant de l’exécution pratique que du choix théorique du vecteur.
Pour la prise en charge de l’arrêt cardiaque, ce travail contribue à recentrer les priorités : privilégier une mise en place rapide et correcte des électrodes, réserver les stratégies alternatives aux situations clairement réfractaires, et reconnaître que l’optimisation de la défibrillation reste un champ de recherche largement ouvert, encore trop peu étayé par des essais cliniques robustes.

The use of drone-delivered Automated External Defibrillators in the emergency response for out-of-hospital cardiac arrest. A simulation study.
Smith CM, Powell C, Bernstein CJ, Howe H, Holt M, O'Sullivan M, Couper K, Rees N. Resusc Plus. 2025;25:101045
DOI: 10.1016/j.resplu.2025.101045

Background: Drones are now being used to deliver Automated External Defibrillators (AEDs) for out-of-hospital cardiac arrest. Delays occur before (between emergency call and drone take-off) and after drone flight itself (related to bystander interaction with drone/AED). The emergency call-handler may have an important role in helping bystanders retrieve and use an AED.

Methods: Following an emergency (999) call for simulated out-of-hospital cardiac arrests, a remote drone was activated and made autonomous Beyond Visual Line of Sight flights to the scene. Real-time communications between drone operator and call-handler allowed participants to receive updates about drone progress. Outcomes included hands-off CPR time, time away from patient's side retrieving the AED, time from emergency call to start of drone flight, and time from drone arrival to AED shock. We used video-recording, emergency-call audio and post-simulation interviews to gather additional information about participants' experiences.

Results: We conducted 11 single bystander simulations and successfully delivered an AED on 9 occasions. It took (median) 2:18 min (interquartile range, IQR 2:13-2:38 min) from emergency call to drone take-off, and a further 4:35 min (3:39-4:46 min) once the drone had arrived on scene until first shock. Hands-off CPR time was 2:32 min (2:01-2:46 min); 0:16 min (0:13-0:21 min) of this was spent retrieving the AED. Bystanders retrieved the AED safely and interacted well with the drone, but often struggled with AED use.

Conclusion: We demonstrated effective real-time communication during simulations. Drone start-up procedures were quick but there were delays once the drone arrived on scene. Bystanders and call-handlers need more support to effectively use drone-delivered AEDs.

Conclusion (proposition de traduction) : Cette étude de simulation a démontré la faisabilité d’une communication en temps réel efficace entre les régulateurs d’appels d’urgence et un opérateur de drone distant, mais elle a également mis en évidence des délais notables après l’arrivée du drone sur les lieux, avant que le DAE puisse être utilisé en toute sécurité. Les régulateurs ont pu guider sans difficulté la récupération du DAE, mais des problèmes sont apparus lors de son utilisation par les témoins. Ces résultats soulignent l’importante marge de progression existante pour améliorer l’interaction entre régulateur et témoin, afin de permettre une utilisation plus rapide et plus efficace du DAE une fois livré par drone.


Commentaire : Cette étude de simulation mixte, combinant mesures temporelles précises et analyse qualitative des comportements, apporte un éclairage particulièrement réaliste sur ce que la livraison de DAE par drone ajoute – et complique – dans la chaîne de survie. Sur le plan méthodologique, le recours à des données horodatées issues des appels d’urgence, des enregistrements vidéo et des trajectoires de vol confère une grande crédibilité aux résultats, même si la taille limitée de l’échantillon et le cadre simulé restreignent toute extrapolation directe aux résultats cliniques.
L’apport majeur de ce travail est de montrer que le gain de temps potentiel lié au vol du drone peut être en partie neutralisé par des délais en amont (activation, décollage) et surtout en aval, lors de l’interaction témoin–régulateur–DAE, avec des interruptions de la RCP, des conflits entre instructions vocales du DAE et consignes téléphoniques, et des difficultés pratiques d’utilisation de l’appareil. L’étude met ainsi en évidence que le facteur limitant n’est pas tant la technologie aérienne que l’intégration humaine et organisationnelle du dispositif dans la réponse d’urgence.
Pour la prise en charge de l’arrêt cardiaque, ce travail est précieux car il rappelle que l’innovation technologique n’améliore la survie que si elle s’insère sans friction dans des systèmes déjà complexes, et qu’une livraison plus rapide d’un DAE ne garantit pas un choc plus précoce sans scripts de régulation adaptés, formation spécifique des régulateurs et conception centrée utilisateur des dispositifs. Il contribue ainsi à déplacer le débat du « drone comme solution » vers celui de l’architecture globale de la chaîne de survie, où communication, simplicité et continuité des compressions restent déterminantes.

The American journal of emergency medicine
Norepinephrine versus epinephrine after cardiac arrest: A systematic review and meta-analysis.
Williams CA, Pourmand A, Hintze T, Walker JA, Moran M, Dinh K, Shaw A, Camp S, Gorman EF, Tran QK. Am J Emerg Med. 2025;95:107-114
DOI: 10.1016/j.ajem.2025.05.038

Objectives: Patients who obtain return of spontaneous circulation (ROSC) after cardiac arrest often experience post-resuscitation hypotension, typically managed with epinephrine (EPI). However, recent research suggests that norepinephrine (NE) may improve patient outcomes. This systematic review and meta-analysis evaluates the effectiveness of EPI versus NE in managing post-resuscitative shock in patients who achieve ROSC.

Methods: A systematic literature search in PubMed, Medline, Scopus, EMBASE, and Cochrane CENTRAL was performed. Observational or randomized studies on adults comparing EPI to NE after cardiac arrest were included in analysis. Outcomes were analyzed via random-effects meta-analysis and included rate of re-arrest during hospital stay, survival to discharge, and functional neurological outcome at discharge.

Results: After screening 1217 studies, we analyzed 6 studies, which involved 3458 patients, with mean (+/- SD) age of 64 (+/- 3) years, and 2188 (63 %) were male. The NE group consisted of 1833 (53 %) patients and 287 (41 %) of the total 703 re-arrest. Patients receiving NE were associated with 63 % lower odds of having recurrent arrest (OR 0.47, 95 % CI 0.24-0.92, P = 0.03, I = 89 %). There was no statistical difference for rates of hospital survival (OR 2.04, 95 % 0.93-4.47) or discharge with unfavorable neurological outcome (OR 1.72, 95 % CI 0.92-3.22).

Conclusions: Among a small number of studies, norepinephrine use in post-cardiac arrest patients was associated with lower odds of recurrent cardiac arrest. However, high study heterogeneity highlights the need for well-designed future research to validate these findings.

Conclusion (proposition de traduction) : Parmi un nombre limité d’études, l’utilisation de la noradrénaline chez les patients en post-arrêt cardiaque était associée à une diminution du risque de récidive d’arrêt cardiaque. Toutefois, l’importante hétérogénéité des études souligne la nécessité de travaux futurs mieux conçus pour confirmer ces résultats.


Commentaire : Cette revue systématique avec méta-analyse synthétise six études (dont une seule randomisée) totalisant plus de 3 400 patients ayant obtenu un RACS après arrêt cardiaque, comparant l’utilisation de la noradrénaline et de l’adrénaline pour le traitement du choc post-réanimation. La méthodologie est rigoureuse (PRISMA, enregistrement PROSPERO, évaluation du risque de biais, modèles à effets aléatoires), mais la qualité globale des preuves reste limitée par la prédominance d’études observationnelles et une forte hétérogénéité inter-études (I² ≈ 90 %). Le résultat principal montre une réduction significative du risque de récidive d’arrêt cardiaque chez les patients traités par noradrénaline, en particulier dans les arrêts cardiaques extra-hospitaliers. En revanche, aucune différence claire n’est observée sur la survie hospitalière ni sur le pronostic neurologique. Sur le plan physiopathologique, l’effet favorable de la noradrénaline pourrait s’expliquer par son moindre effet bêta-1, réduisant le risque d’arythmies post-RACS par rapport à l’adrénaline.
En pratique, cet article alimente la réflexion sur la stratégie vasopressive après RACS : il ne remet pas en cause l’adrénaline en phase de réanimation, mais suggère que la noradrénaline pourrait être préférable pour stabiliser l’hémodynamique et limiter les récidives d’arrêt. Le message central est donc pragmatique : prévenir le « re-arrest » pourrait alléger la charge en soins critiques et améliorer la trajectoire des patients, même si l’impact final sur la survie et le devenir neurologique reste à démontrer par des essais randomisés de plus grande ampleur.

The Lancet. Respiratory medicine
Extracorporeal cardiopulmonary resuscitation for refractory cardiac arrest.
Supady A, Bělohlávek J, Combes A, Hutin A, Lorusso R, MacLaren G, Magnet I, van de Poll M, Price S, Staudacher DL, Taccone FS, Yannopoulos D, Brodie D. Lancet Respir Med. 2025;13[9]:843-856
DOI: 10.1016/S2213-2600(25)00122-5

Editorial: When conventional cardiopulmonary resuscitation (CCPR) cannot restore spontaneous circulation, the initiation of venoarterial extracorporeal membrane oxygenation during refractory cardiac arrest-known as extracorporeal CPR (ECPR)-might restore circulation and adequate tissue oxygenation. ECPR could substantially improve survival with favourable functional recovery. However, the complexity and time-sensitive nature of the intervention, high costs, resource demands, considerable risks, and complications restrict the availability of ECPR. Patient age and comorbidities, timely and effective CCPR, and time-to-ECPR are major contributors to the outcome of patients. The primary goal of ECPR is full recovery of the patient, but in some cases, transition to a long-term ventricular assist device or heart transplantation can be additional options for survival. In patients diagnosed with brain death or, according to local regulation, in those with irreversible post-anoxic brain damage, organ donation is possible after ECPR. Ongoing research aims to assess the efficacy of ECPR versus continued CCPR and uncover key prognostic indicators.

Conclusion (proposition de traduction) : La réanimation cardio-pulmonaire extracorporelle pourrait constituer une option thérapeutique efficace chez certains patients en arrêt cardiaque réfractaire lorsqu’elle est mise en œuvre au sein de systèmes multidisciplinaires bien structurés. Bien que les données actuelles ne permettent pas de considérer l’ECPR comme un standard de soins, des patients soigneusement sélectionnés peuvent en tirer bénéfice lorsque l’ensemble des autres maillons de la chaîne de survie atteint un haut niveau de performance. Des essais de grande qualité, des indicateurs de performance pertinents et des stratégies garantissant un accès équitable sont désormais indispensables.


Commentaire : Cette revue de référence, rédigée par plusieurs figures majeures de la réanimation et de l’ECMO, constitue probablement l’état de l’art le plus complet et le plus nuancé disponible en 2025 sur l’ECPR chez l’adulte. Elle s’appuie sur l’ensemble des essais randomisés publiés (ARREST, Prague OHCA, INCEPTION), des méta-analyses individuelles de patients et des grands registres internationaux, avec une lecture critique assumée des résultats discordants.
Sur le plan méthodologique, la force du papier réside dans sa capacité à dépasser une simple synthèse bibliographique pour intégrer les dimensions physiopathologiques, organisationnelles, logistiques, éthiques et économiques de l’ECPR, tout en soulignant les biais majeurs qui limitent l’interprétation des études existantes : sélection extrême des patients, dépendance au temps de low-flow, effet centre, et difficulté à reproduire les performances des centres experts. L’apport majeur pour la pratique est double. D’une part, l’article clarifie que le bénéfice potentiel de l’ECPR n’est pas une propriété intrinsèque de la technique, mais le résultat d’un système hautement optimisé, dans lequel la RCP conventionnelle, la sélection précoce, le transport, la canulation rapide et les soins post-arrêt sont indissociables. D’autre part, il recentre le débat sur la finalité de l’ECPR : gagner du temps pour traiter une cause réversible chez des patients avec un potentiel neurologique réel, et non prolonger indéfiniment une réanimation sans perspective.
Ce travail contribue ainsi à faire évoluer la réflexion sur l’arrêt cardiaque réfractaire, en déplaçant la question du « faut-il faire de l’ECPR ? » vers « dans quels systèmes, pour quels patients, et à quelles conditions l’ECPR a-t-elle un sens clinique et éthique ».