Influence of different relationships of bystanders to out-of-hospital cardiac arrest patients on the effectiveness of dispatcher-assisted CPR.
Chien LT, Huang CH, Yeh HT, Ng CJ, Wang MF, Chen CB, Tsai SL, Tsai LH, Chang KW, Chien CY, Chang CT. BMC Emerg Med. 2025;25[1]:90
Keywords:
Humans; Out-of-Hospital Cardiac Arrest; Cardiopulmonary Resuscitation; Male; Female; Retrospective Studies; Middle Aged; Aged; Taiwan; Emergency Medical Dispatcher; Family; Adult; Bystander CPR; Cardiac arrest recognition; Dispatcher-assisted CPR; Emotional stress
Background: Dispatcher-assisted cardiopulmonary resuscitation (DA-CPR) significantly improves CPR performance by bystanders, increasing the survival of patients. However, emotional stress among family members witnessing out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) may hinder their ability to effectively perform CPR, leading to delayed and poorer quality CPR. The influence of the relationships of callers to patients (i.e., family members, friends, and strangers) on DA-CPR outcomes remains insufficiently explored.
Materials and methods: This retrospective observational study analyzed the data of nontraumatic OHCA cases in Taoyuan City, Taiwan, from August 2021 to January 2023. Data from the registries of emergency medical services and emergency call recordings were examined. Relationships of callers to patients, emotional barriers, time metrics (time to CPR instruction initiation and first compression), and barriers to DA-CPR success were evaluated. Associations between callers' relationships to patients and DA-CPR performance were analyzed through multivariable logistic regression.
Results: Among 1,036 nontraumatic OHCA cases, 59.3% of callers were family members, 13.6% were friends, and 27.1% were strangers. Cardiac arrest recognition rates were lower for family members (68.2%) than for strangers (84.0%) (p < 0.001). Time to CPR instruction (117 vs. 91 s, p = 0.034) and the first chest compression (200 vs. 179 s, p = 0.018) were significantly delayed for family members. For family members, emotional stress and protocol nonadherence were the main barriers to CPR performance.
Conclusion: The relationship of the caller to the patient significantly influences DA-CPR outcomes. Family members experience increased emotional stress, resulting in delays and decreased recognition rates. Targeted family-centered education and enhanced dispatcher support are essential to address these challenges and improve the survival outcomes of patients with OHCA.
Conclusion (proposition de traduction) : Cette étude montre que la relation entre l’appelant et le patient influence significativement la reconnaissance de l’arrêt cardiaque et la mise en œuvre de la RCP assistée par le régulateur. Les membres de la famille présentent généralement un stress émotionnel plus important, des performances inférieures sur les indicateurs clés et des délais plus longs que les amis ou les témoins inconnus. Des programmes de formation ciblés pour les familles, associés à un soutien structuré des régulateurs, sont indispensables pour dépasser ces obstacles et améliorer les résultats lors des arrêts cardiaques extra-hospitaliers.
Commentaire : Cette étude observationnelle rétrospective taïwanaise, basée sur l’analyse détaillée de plus de 1 000 enregistrements d’appels d’urgence, met en évidence un facteur souvent négligé dans la chaîne de survie : la charge émotionnelle liée au lien affectif entre le témoin et la victime. La méthodologie est robuste pour ce type de recherche, combinant données EMS, analyse audio standardisée et régression logistique multivariée ajustée sur les principaux facteurs de confusion (âge, sexe, lieu, délai d’intervention, score émotionnel). Les résultats montrent de façon cohérente que les membres de la famille reconnaissent moins bien l’arrêt cardiaque, évaluent moins précisément la respiration et initient plus tard les compressions, avec un retard médian d’environ 20 secondes par rapport aux témoins étrangers. Ce délai, bien que modeste, s’inscrit dans une phase critique où chaque seconde compte pour la perfusion cérébrale et coronaire. L’intérêt majeur de ce travail est d’introduire une lecture plus « humaine » de la RCP assistée par téléphone : la difficulté n’est pas seulement technique, elle est émotionnelle. Le stress, la panique et la peur de mal faire constituent de véritables freins à l’action, même lorsque des instructions claires sont données.
Sur le plan pratique, l’article plaide pour une évolution des stratégies de régulation : intégration de techniques de communication émotionnelle, scripts simplifiés, encouragements explicites, et formation spécifique des régulateurs à la gestion des proches en détresse. Il suggère aussi que les programmes de formation du grand public devraient davantage préparer les proches à intervenir sur un membre de leur famille, et pas seulement sur une « victime abstraite ». Ce travail contribue ainsi à élargir la vision de la chaîne de survie, en y intégrant pleinement la dimension psychologique et relationnelle du témoin, comme déterminant majeur de l’efficacité de la RCP précoce.
Commentaire : Cette vaste étude japonaise, incluant plus de 36 000 patients issus d’un registre national multicentrique, apporte l’un des arguments observationnels les plus solides en faveur d’une administration précoce de l’adrénaline dans les arrêts cardiaques à rythme non choquable. La méthodologie se distingue par l’utilisation d’un score de propension dépendant du temps et d’un appariement par ensembles de risque, permettant de limiter le biais majeur des études antérieures : le « resuscitation time bias », qui pénalise artificiellement les patients recevant les traitements tardivement. Les résultats montrent un signal clair : lorsque l’adrénaline est administrée dans les 10 premières minutes après le contact des secours, les chances de bon pronostic neurologique sont nettement supérieures, avec un effet également observé sur la survie jusqu’à 20 minutes. L’étude suggère ainsi l’existence d’une véritable « fenêtre thérapeutique », comparable à celle observée pour la thrombolyse dans l’AVC.
Sur le plan pratique, ce travail renforce l’idée que, dans les rythmes non choquables, l’adrénaline doit être considérée comme une priorité précoce, au même titre que la RCP de qualité, et probablement avant la mise en place d’une voie aérienne avancée. Il ne s’agit pas de multiplier les doses, mais d’administrer la première injection suffisamment tôt pour influencer la perfusion coronaire et cérébrale pendant la phase encore réversible de l’arrêt. L’article contribue ainsi à faire évoluer la réflexion sur l’adrénaline : non plus seulement comme un traitement « systématique », mais comme un levier temporellement sensible, dont l’efficacité dépend étroitement du moment d’administration.