Advanced Airway Practice Patterns and Out-of-Hospital Cardiac Arrest Outcomes.
Nassal MMJ, Yang BY, Hall J, Shin J, Gage CB, Powell JR, Panchal AR, Latimer AJ, Wang HE, Rea TD, Johnson NJ. JAMA Netw Open. 2025;8[9]:e2532334
Keywords:
Humans; Out-of-Hospital Cardiac Arrest; Male; Female; Middle Aged; Cross-Sectional Studies; Aged; Emergency Medical Services; Airway Management; Intubation, Intratracheal; Registries; Cardiopulmonary Resuscitation; Practice Patterns, Physicians'
Importance: Although advanced airway (AA) practice patterns have varied over time, their association with out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) outcomes is unknown.
Objective: To determine the association between AA temporal practice patterns of emergency medical service (EMS) agencies and OHCA outcomes.
DESIGN, SETTING,
And participants: This cross-sectional study used data from multicenter EMS agencies participating in the Cardiac Arrest Registry to Enhance Survival database. The study included adults (aged ≥18 years) with OHCA treated by EMS agencies that had 25 or more OHCA episodes annually from January 1, 2016, through December 31, 2022.
Exposure: AA interventions included supraglottic airway (SGA) device use or endotracheal intubation (ETI). Patients were categorized into groups using the following EMS agency-level patterns defined by predominant AA use before and after 2019: (1) ongoing ETI, (2) ongoing SGA use (ongoing SGA), (3) transitioning from ETI to SGA use (ETI to SGA), or (4) transitioning from SGA use to ETI (SGA to ETI).
Main outcomes and measures: Mixed-effects logistic regression models accounting for EMS agency clustering and adjusting for Utstein variables were used to evaluate the association between EMS agency AA practice patterns and OHCA outcomes including return of spontaneous circulation (ROSC) and survival. Subanalyses were also conducted for agencies in the lowest survival quartile. Odds ratios (ORs) are reported with 95% CIs.
Results: This study included 350 216 patients with OHCA treated by 254 eligible EMS agencies. The 214 EMS agencies (n = 305 341 patients) with a predominant AA pattern were grouped as follows for temporal pattern analysis: ongoing ETI (n = 72 [33.6%]), ongoing SGA (n = 66 [30.8%]), ETI to SGA (n = 67 [31.3%]), or SGA to ETI (n = 9 [4.2%]). Patients were predominantly male (62.2%), with a median age of 64 (IQR, 52-76) years, and most (81.7%) presented with nonshockable rhythms. ROSC occurred in 30.8% of patients, and 10.4% of patients survived to hospital discharge. Predominant SGA use among EMS agencies increased from 65 agencies in 2016 to 113 in 2022. ROSC decreased in all 4 groups from before to after 2019 as follows: from 36.5% to 30.7% (OR, 0.80 [95% CI, 0.77-0.82]) for ongoing ETI, from 32.4% to 26.4% (OR, 0.75 [95% CI, 0.73-0.78]) for ongoing SGA, from 32.1% to 28.5% (OR, 0.88 [95% CI, 0.85-0.91]) for ETI to SGA, and from 36.7% to 33.3% (OR, 0.92 [95% CI, 0.83-1.03]) for SGA to ETI. For the 15 lower-performing agencies (n = 20 860 patients) that transitioned from ETI to SGA after vs before 2019, an association with higher ROSC (from 25.7% to 29.1%; OR, 1.16 [95% CI, 1.09-1.24]) and survival (from 5.6% to 6.3%; OR, 1.17 [95% CI, 1.04-1.32]) was observed.
Conclusions and relevance: In this cohort study, SGA use among EMS agencies increased over time. Although ROSC declined for all AA temporal practice patterns, the transition from ETI to SGA use at EMS agencies with lower baseline survival was associated with improved outcomes. Future studies are warranted to confirm these findings and to evaluate whether the observed associations are consistent across diverse populations.
Conclusion (proposition de traduction) : Dans cette étude de cohorte, l’utilisation des dispositifs supraglottiques par les services de secours préhospitaliers a augmenté au fil du temps. Bien que les taux de retour à une circulation spontanée aient diminué pour l’ensemble des stratégies de gestion avancée des voies aériennes, la transition de l’intubation trachéale vers les dispositifs supraglottiques dans les services ayant initialement de faibles taux de survie était associée à une amélioration des résultats. Des études complémentaires sont nécessaires pour confirmer ces observations et évaluer leur reproductibilité dans différents contextes de population.
Commentaire : Ce travail s’appuie sur une analyse transversale de très grande ampleur issue du registre CARES, incluant plus de 350 000 arrêts cardiaques et 254 services de secours, avec une approche originale centrée non pas sur le geste individuel mais sur les stratégies dominantes de service dans le temps, ce qui constitue à la fois sa force conceptuelle et sa principale limite méthodologique.
Les modèles statistiques mixtes, robustes et ajustés sur les variables Utstein, montrent que l’évolution globale des résultats après 2019 est défavorable quel que soit le choix de la voie aérienne, probablement sous l’effet de facteurs systémiques (pandémie, baisse de la RCP par témoins, retards de soins), mais que cette dégradation est partiellement atténuée dans les services historiquement moins performants ayant abandonné une stratégie d’intubation trachéale dominante au profit des dispositifs supraglottiques. Ce signal, modeste mais cohérent, suggère que dans certains systèmes, la simplification technique de la gestion des voies aériennes peut libérer de l’attention cognitive et opérationnelle pour d’autres déterminants majeurs de la RCP, comme la continuité des compressions ou l’organisation de l’équipe. L’article invite ainsi à sortir d’un débat binaire « ETI versus SGA » pour adopter une lecture beaucoup plus systémique : le bénéfice potentiel d’un dispositif dépend moins de ses performances intrinsèques que de son adéquation au niveau d’expertise, au volume d’activité et à la maturité organisationnelle du service qui l’utilise.
Pour la prise en charge de l’arrêt cardiaque, ce travail soutient une approche pragmatique et contextualisée des voies aériennes avancées, dans laquelle la stratégie la plus simple et la plus reproductible peut, dans certains environnements, être celle qui protège le mieux la qualité globale de la réanimation.
Commentaire : Cette revue de portée, conduite selon la méthodologie JBI et rapportée selon PRISMA-ScR, agrège 58 études issues de contextes très variés, exclusivement fondées sur des situations réelles d’arrêt cardiaque, ce qui constitue sa principale force mais aussi sa limite, en l’absence volontaire d’évaluation formelle du risque de biais ou de hiérarchisation des preuves.
L’intérêt de ce travail est de déplacer le regard depuis la simple efficacité de la RCP guidée par un régulateur vers sa mise en œuvre concrète : comment les arrêts sont reconnus, comment les consignes sont formulées, comment les systèmes de régulation sont organisés, et comment les réactions humaines – panique, langage, croyances, contraintes physiques – influencent la réussite ou l’échec de la RCP assistée. L’article montre que les gains les plus constants ne proviennent pas d’innovations technologiques isolées, mais de protocoles simplifiés, d’une communication directive et rassurante, d’un entraînement continu des régulateurs, et d’un environnement organisationnel stable (centralisation, assurance qualité, feedback).
Pour la pratique de l’arrêt cardiaque, ce travail est particulièrement utile car il rappelle que la RCP guidée par un régulateur est avant tout un acte de médecine de système et de communication, fortement dépendant du contexte local, du niveau de préparation de la population et de la capacité des centres de régulation à standardiser sans rigidifier. Il fournit une cartographie très lisible des obstacles récurrents et des solutions pragmatiques, offrant ainsi un socle solide pour adapter, améliorer ou auditer un programme de RCP guidée par la régulation médicale, plutôt que pour défendre un modèle unique applicable partout.