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Dernière mise à jour le 10 janvier 2026

Bibliographie sur l'arrêt cardiaque

Deutsches Arzteblatt international
The Prognosis After Cardiac Arrest: Evidence on the Short- and Long-Term Course.
Zumbrunn SK, Blatter R, Bissmann B, Amacher SA, Sutter R, Hunziker S. Dtsch Arztebl Int. 2025;122[7]:173-179
DOI: 10.3238/arztebl.m2025.0006

Background: Each year, approximately 84 out of 100 000 individuals in Europe sustain a cardiac arrest; many die or suffer long-term neurological injury. Early prognostication can be of assistance for treatment planning and for the holding of evidencebased discussions with these patients' families to make decisions about treatment.

Methods: This narrative review is based on pertinent guidelines and on publications retrieved by a selective search in Medline/ PubMed.

Results: The survival rate of in-hospital cardiac arrest (IHCA) is 15-34%, that of out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) approximately 10%. Survivors have an elevated risk of severe neurological injury: 22.9% (IHCA) and 67.7% (OHCA) go on to die in an intensive care unit of severe brain damage. Among those who are still alive one year after cardiac arrest, 83.3% have a good neurological outcome (cerebral performance category [CPC] score, 1-2), although many suffer from post-intensive care syndrome. Early prognostication is generally difficult, and an initial assessment can often only be made 72 hours or more after the event, on the basis of multimodal diagnostic testing. Risk models and biomarkers are available as aids to early prognostication but have not yet come into broad use.

Conclusion: Many successfully resuscitated patients die shortly thereafter. Those who survive for one year generally have good neurological function. Early prognostication is of fundamental importance for decision-making about continuing treatment or whether resuscitation should be attempted again in the case of a second arrest. Physicians communicating with the affected patients and their families should also be mindful of the commonly associated emotional stress.

Conclusion (proposition de traduction) : Seule une minorité de patients survivent jusqu’à la sortie de l’hôpital après un arrêt cardiaque. Cependant, ceux qui franchissent cette phase critique et peuvent rentrer à domicile présentent souvent un bon pronostic à long terme. Chez les patients restant dans le coma, une évaluation pronostique fiable et multimodale est essentielle et ne doit pas être réalisée avant 72 heures après l’arrêt cardiaque. Les survivants et leurs proches présentent fréquemment des réactions psychosociales prolongées, qu’il est important d’identifier dans le cadre du suivi post-réanimation afin de proposer des prises en charge adaptées.


Commentaire : Cette revue narrative propose une synthèse large et structurée des données contemporaines sur le devenir des patients après arrêt cardiaque, en s’appuyant sur les recommandations européennes et une littérature récente jusqu’en 2025. Elle rappelle que la survie hospitalière reste faible, en particulier après un arrêt extra-hospitalier, mais que les survivants à un an présentent majoritairement un bon état neurologique. L’article insiste sur la difficulté de la neuroprognostication précoce et sur la nécessité d’une approche multimodale à partir de 72 heures, intégrant examen clinique, EEG, potentiels évoqués, imagerie cérébrale et biomarqueurs comme la NSE. Il met en garde contre le risque de « prophétie auto-réalisatrice », où une estimation trop pessimiste conduit à l’arrêt prématuré des traitements.
Sur le plan pratique, ce travail renforce l’importance de temporiser les décisions de limitation thérapeutique, d’utiliser des critères objectifs et combinés, et d’intégrer les souhaits du patient. L’article élargit également la perspective en soulignant le poids du syndrome post-réanimation (PICS) chez les survivants et leurs proches, avec une prévalence élevée de troubles anxio-dépressifs et de stress post-traumatique, justifiant un suivi structuré après la phase aiguë. Il ne s’agit pas d’un article « interventionnel », mais d’un cadre de réflexion essentiel pour comprendre les enjeux pronostiques, éthiques et humains de la prise en charge post-arrêt cardiaque.

Resuscitation
The impact of alternate defibrillation strategies on time in ventricular fibrillation.
Cheskes S, Drennan IR, Turner L, Pandit SV, Walker RG, Dorian P. Resuscitation. 2025;209:110549
DOI: 10.1016/j.resuscitation.2025.110549

Background: Time in ventricular fibrillation (VF) is associated with survival after out-of-hospital cardiac arrest (OHCA). The impact of vector change defibrillation (VC) and double sequential external defibrillation (DSED) on VF duration has not been explored.

Objective: To compare the effects of VC and DSED on VF duration and defibrillation outcomes.

Methods: We conducted a secondary analysis of patients enrolled in the Double Sequential External Defibrillation for Refractory VF RCT. We assessed the ECG after each shock, calculating VF time (median, IQR) and shock outcomes. The Kruskal-Wallis test was used to compare VF duration across groups, with post-hoc pairwise comparisons using Dunn's test and Bonferroni correction. Chi-square tests compared shock outcomes.

Results: Among 342 patients, 1842 shocks were analyzed (834 after three failed standard shocks: 429 standard, 218 VC, 187 DSED). Median VF time was significantly shorter for DSED (83 [0, 120] s) and VC (98 [0, 120] s) compared to standard shocks (108 [38, 120] s) (P = 0.003). The proportion of shocks leading to return of spontaneous circulation (ROSC) and survival to hospital discharge respectively was higher for DSED (17.6%, 10.2% p < 0.001 ROSC, p = 0.002 survival) and VC (14.2%, 7.3% p < 0.002 ROSC, p = 0.049 survival) than for standard shocks (5.3%, 3.5%) The proportion of shocks in which VF was not terminated was significantly lower for DSED shocks (29.9%) than standard shocks (40.6%) (P = 0.013).

Conclusions: DSED and VC reduced VF duration and increased the likelihood of ROSC and survival compared to standard shocks. These findings may contribute to the improved survival noted in the trial.

Conclusion (proposition de traduction) : Chez les patients inclus dans l’essai randomisé DOSE VF, la durée de la fibrillation ventriculaire était plus courte avec les chocs de type double défibrillation séquentielle (DSED) et changement de vecteur (VC) qu’avec la défibrillation standard. La proportion de chocs aboutissant à un retour de circulation spontanée et la survie jusqu’à la sortie de l’hôpital étaient significativement plus élevées avec les stratégies DSED et VC. La réduction du temps passé en fibrillation ventriculaire associée à ces stratégies alternatives permet de mieux comprendre le bénéfice en survie observé dans l’essai.


Commentaire : Cette analyse secondaire de l’essai randomisé DOSE-VF repose sur l’examen détaillé de 1 842 chocs de défibrillation chez 342 patients présentant une fibrillation ventriculaire réfractaire. La méthodologie est solide : données prospectives, analyse ECG indépendante, mesures objectives du temps passé en FV, comparaisons statistiques appropriées (Kruskal-Wallis, Dunn avec correction de Bonferroni, tests du chi²). Les résultats montrent de façon cohérente que la DSED et le changement de vecteur réduisent la durée de la FV après les chocs 4 à 6, avec une médiane respectivement à 83 s et 98 s contre 108 s pour la défibrillation standard, et augmentent la probabilité de ROSC et de survie hospitalière. Le bénéfice est particulièrement marqué pour la DSED, qui réduit aussi la proportion de chocs sans interruption de la FV. Les limites tiennent au caractère post-hoc, à l’absence d’analyse au-delà du sixième choc, et à l’absence de données sur certains facteurs comme l’impédance thoracique ou l’IMC.
Sur le plan pratique, cet article apporte un argument physiopathologique fort en faveur des stratégies alternatives : en diminuant la « charge de FV », elles améliorent la perfusion myocardique et cérébrale, ce qui pourrait expliquer l’amélioration de la survie observée dans DOSE-VF. Il suggère aussi que l’intérêt de ces stratégies est maximal précocement, avant que l’ischémie myocardique ne compromette l’efficacité des chocs. Ce travail soutient ainsi l’idée que la DSED – et dans une moindre mesure le changement de vecteur – ne sont pas seulement des options de dernier recours, mais pourraient devenir des outils plus précoces dans la prise en charge des FV réfractaires en préhospitalier.