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Dernière mise à jour le 25 février 2026

Bibliographie sur l'arrêt cardiaque

Mois de Janvier 2026

Academic emergency medicine : official journal of the Society for Academic Emergency Medicine
Sequence of Successful Epinephrine or Advanced Airway Interventions in Nontraumatic Pediatric Out-Of-Hospital Cardiac Arrest.
Amagasa S, Utsumi S, Uematsu S, Ramgopal S, Berg RA, Okubo M. Acad Emerg Med. 2026;33[1]:e70225
DOI: 10.1111/acem.70225

Background: The optimal sequence of epinephrine administration and advanced airway management (AAM) successfully delivered during pediatric out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) is unclear. Our objective was to determine whether the sequence of first successful epinephrine administration and first successful AAM is associated with survival and functional outcomes in pediatric OHCA.

Methods: We performed a secondary analysis of the Resuscitation Outcomes Consortium Epidemiologic Registry-Cardiac Arrest, a prospective database from 10 US and Canadian regions (2011-2015). We included children (age < 18 years) with non-traumatic OHCA who received epinephrine and/or AAM (endotracheal intubation or supraglottic airway). Our exposure was the sequence of first successful epinephrine administration versus first successful AAM (epinephrine-first or AAM-first). The primary outcome was survival at hospital discharge. Secondary outcomes were a favorable functional outcome at discharge (modified Rankin Scale ≤ 3) and return of spontaneous circulation (ROSC) at hospital arrival. We adjusted for group differences using inverse-probability-of-treatment weighting derived from a propensity score and compared outcomes with logistic regression.

Results: Of 886 eligible patients, 297 (33.5%) received AAM as the first successful intervention, 558 (63.0%) received epinephrine as the first successful intervention, and 31 (3.5%) received these at the same recorded second. There was no significant difference in survival at discharge between the epinephrine-first and AAM-first groups (odds ratio [OR], 1.03; 95% confidence interval [CI], 0.69-1.52). Relative to the AAM-first group, the epinephrine-first group was associated with higher odds of ROSC at hospital arrival (OR, 1.38; 95% CI, 1.06-1.80) but lower odds of favorable functional outcome at hospital discharge (OR, 0.32; 95% CI, 0.13-0.76).

Conclusions: In this large observational study of pediatric OHCA, the observed sequence of first successful epinephrine administration and first successful AAM was not associated with survival to hospital discharge.

Conclusion (proposition de traduction) : Dans cette large étude observationnelle portant sur l’arrêt cardiaque extrahospitalier pédiatrique, la séquence entre l’administration de l’adrénaline et la prise en charge avancée des voies aériennes n’était pas associée à la survie à la sortie de l’hôpital. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer la séquence optimale de ces interventions.


Commentaire : Cette analyse observationnelle de registre, méthodologiquement robuste pour ce type de question, utilise une pondération par score de propension afin de limiter la confusion par indication et d’approcher une émulation de « target trial », ce qui constitue un point fort notable. Néanmoins, le niveau de preuve demeure limité par la nature non randomisée des données, l’absence d’information sur les tentatives infructueuses, la difficulté à contrôler totalement le biais temporel de réanimation et une proportion importante de données manquantes pour le devenir fonctionnel. Les méthodes statistiques sont appropriées et transparentes, mais l’impossibilité d’ajuster sur les effets de site et les pratiques locales limite l’inférence causale. Le résultat central est négatif sur la survie, avec un signal discordant entre RACS (favorisé par l’adrénaline en premier) et pronostic fonctionnel (défavorable à l’adrénaline en premier), suggérant que l’amélioration de la circulation transitoire ne se traduit pas nécessairement par une récupération neurologique. Ces résultats questionnent la hiérarchisation automatique des gestes avancés dans les algorithmes pédiatriques actuels.
Cet article met en lumière une tension centrale de la réanimation pédiatrique extrahospitalière : la compétition temporelle entre deux interventions majeures, l’adrénaline et la sécurisation des voies aériennes, dans un contexte de ressources limitées et de physiopathologie dominée par l’hypoxie. L’absence d’impact sur la survie globale, associée à un possible désavantage fonctionnel lorsque l’adrénaline est administrée en premier, suggère que la priorité donnée systématiquement au vasopresseur pourrait ne pas être adaptée à tous les profils pédiatriques. Le travail ne remet pas en cause les recommandations existantes, mais il renforce l’idée que la séquence des gestes n’est pas neutre et qu’une approche plus individualisée, tenant compte de l’étiologie respiratoire fréquente de l’arrêt cardiaque chez l’enfant, pourrait être pertinente. Il souligne enfin le besoin d’essais randomisés dédiés pour dépasser les limites inhérentes aux analyses observationnelles.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN
Critical care clinics
Advancements in Ventilation During Cardiac Resuscitation.
Drennan IR, Neth MR, Walsh BK. Crit Care Clin. 2026;42[1]:131-147
DOI: 10.1016/j.ccc.2025.08.007

Editorial: Effective ventilation during cardiac arrest is vital for maintaining oxygenation and gas exchange, yet both hyperventilation and hypoventilation pose significant risks, including lung injury and neurologic damage. Current guidelines recommend specific ventilation volumes and rates, but evidence supporting these targets is limited, and actual practices often deviate, potentially impacting outcomes. Research challenges, such as the chaotic out-of-hospital setting, measurement inaccuracies, and patient heterogeneity, complicate the development of optimal strategies. Emerging technologies like real-time ventilation feedback devices and capnography offer promising avenues to improve ventilation quality, although their direct impact on survival and neurologic recovery remains unclear.

Conclusion: Ventilation is an important, yet understudied, aspect of cardiac arrest resuscitation. Hyperventilation and hypoventilation can both be detrimental in cardiac resuscitation; however, what constitutes optimal ventilation is not known. Current technology is limited in guiding ventilation. Furthermore, appropriate targets to optimize ventilation in cardiac arrest are not well described. Advancements in technology have created an opportunity to significantly improve the understanding of ventilation in cardiac arrest.

Conclusion (proposition de traduction) : La ventilation est un élément essentiel de la réanimation cardio-pulmonaire, mais elle demeure insuffisamment étudiée. L’hyperventilation comme l’hypoventilation peuvent être délétères pendant la réanimation, et la stratégie ventilatoire optimale reste inconnue. Les technologies actuelles sont limitées pour guider efficacement la ventilation, et les cibles adaptées à l’arrêt cardiaque sont mal définies. Les progrès technologiques récents offrent toutefois une opportunité majeure pour améliorer la compréhension et l’optimisation de la ventilation pendant l’arrêt cardiaque.


Commentaire : Les données disponibles suggèrent que la ventilation joue un rôle déterminant dans la réanimation, mais les connaissances restent fragmentaires. Les recommandations actuelles reposent davantage sur des extrapolations issues d’autres contextes cliniques que sur des preuves solides spécifiques à l’arrêt cardiaque. Les futures recherches devront explorer des stratégies de ventilation personnalisées, intégrant les paramètres physiologiques, l’analyse des capnogrammes et les nouvelles technologies de rétroaction en temps réel, afin de déterminer si une meilleure conformité technique se traduit par une amélioration réelle des résultats cliniques, notamment le ROSC, la survie et le pronostic neurologique.
Il s’agit d’une revue narrative approfondie, reposant sur des études observationnelles, des essais randomisés de petite taille et des données physiologiques expérimentales. Le niveau de preuve reste globalement modéré à faible, avec une forte hétérogénéité des méthodes et une absence de données robustes centrées sur les résultats cliniques. L’article met en évidence les effets délétères de l’hyperventilation (baisse du retour veineux, hypocapnie, altération cérébrale) et de l’hypoventilation (hypoxie, mauvaise élimination du CO₂), tout en soulignant l’absence de consensus sur les volumes, fréquences et pressions optimales. Sur le plan pratique, il rappelle que la ventilation manuelle est souvent mal contrôlée, que la qualité est difficile à évaluer visuellement, et que les dispositifs de feedback ventilatoire en temps réel pourraient améliorer la conformité aux recommandations, sans preuve encore d’impact sur la survie. L’article incite à une approche plus mesurée, physiologique et personnalisée de la ventilation, en évitant les excès et en intégrant capnographie, PEEP adaptée et limitation de l’hyperoxie.
Ce travail remet en question l’idée selon laquelle ventiler « plus » ou « plus fort » pendant un arrêt cardiaque serait forcément bénéfique. Il montre que la ventilation, longtemps reléguée derrière les compressions thoraciques et la défibrillation, peut devenir un facteur de dommage lorsqu’elle est mal maîtrisée. Entre hyperventilation délétère, fermeture des voies aériennes distales et difficulté à évaluer ce qui est réellement délivré au patient, la ventilation reste une zone grise de la réanimation. Les auteurs plaident pour une réanimation plus fine, appuyée sur la capnographie, la compréhension des phénomènes d’obstruction des voies aériennes et l’utilisation raisonnée de la PEEP. L’enjeu n’est plus seulement de ventiler, mais de ventiler juste.
Cet article offre une mise au point utile sur un aspect souvent sous-estimé de la réanimation cardio-pulmonaire. Sans bouleverser les recommandations actuelles, il met en lumière les limites des pratiques existantes et ouvre des pistes concrètes pour une ventilation plus physiologique, mieux monitorée et potentiellement plus sûre. Il constitue une référence pertinente pour les équipes préhospitalières et hospitalières souhaitant affiner leurs stratégies ventilatoires pendant l’arrêt cardiaque.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN
State-of-the-Art Update in Extracorporeal Cardiopulmonary Resuscitation for Out-of-hospital Cardiac Arrest.
Gottula AL, Elliott A, Bartos JA. Crit Care Clin. 2026;42[1]:39-70
DOI: 10.1016/j.ccc.2025.08.003

Editorial: Survival of refractory non-traumatic out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) remains low despite many advances in care. Extracorporeal cardiopulmonary resuscitation (ECPR) has demonstrated the ability to significantly improve outcomes in select patients suffering refractory OHCA. These trials highlight different, but important, aspects of ECPR and provide insights into how we should design future ECPR systems of care. As the use of ECPR increases, this article updates the state-of-the-art in ECPR for refractory OHCA, highlighting the critical components of contemporary ECPR systems of care, clinical controversies in post-resuscitation strategies, and future areas of research needed.

Conclusion: ECPR has transformed the management of refractory OHCA, allowing the opportunity to significantly improve patient survival in high functions systems of care. This review article highlights the critical components of contemporary ECPR systems of care, clinical controversies in post-resuscitation strategies, and future areas of research needed. By focusing on comprehensive care and evidence-based practices, the benefits of ECPR can extend beyond survival to encompass quality lives for patients and their families. The continual development of how to best implement ECPR through advanced systems of care has the potential to further advance this promising therapy.

Conclusion (proposition de traduction) : La réanimation cardiopulmonaire extracorporelle a transformé la prise en charge des arrêts cardiaques extra-hospitaliers réfractaires, en offrant la possibilité d’améliorer significativement la survie des patients dans des systèmes de soins hautement performants. Cette revue met en lumière les composantes essentielles des systèmes contemporains d’ECPR, les controverses cliniques concernant les stratégies post-réanimation, ainsi que les axes de recherche futurs nécessaires. En se concentrant sur une prise en charge globale et des pratiques fondées sur les preuves, les bénéfices de l’ECPR peuvent dépasser la simple survie pour inclure une qualité de vie satisfaisante pour les patients et leurs familles. Le développement continu des modalités optimales d’implémentation de l’ECPR au sein de systèmes de soins avancés a le potentiel de faire encore progresser cette thérapie prometteuse.


Commentaire : Il s’agit d’une revue narrative experte, appuyée sur les grands essais randomisés (ARREST, Prague OHCA, INCEPTION), les registres internationaux (ELSO, SAVE-J II, JAAM-OHCA) et des données observationnelles multicentriques. Le niveau de preuve est hétérogène, avec une forte variabilité selon les contextes d’implémentation. L’article montre clairement que la réanimation cardiopulmonaire extracorporelle (ECPR) est efficace dans des systèmes très structurés, à haut volume, avec des équipes expérimentées et des délais courts, mais perd son efficacité dans des environnements peu protocolisés ou à faible activité. Les auteurs détaillent les déterminants majeurs du succès : réduction du no-flow grâce à la RCP par les témoins, minimisation du low-flow, sélection rigoureuse des patients (âge, rythme initial, étiologie réversible), expertise des équipes de cannulation, et prise en charge post-arrêt standardisée. Sur le plan pratique, ce travail rappelle que l’ECPR n’est pas une &laquo; technique miracle », mais une stratégie de système. Sans organisation régionale, protocoles clairs et volume suffisant, elle devient inefficace, voire délétère en mobilisant des ressources considérables sans bénéfice clinique.
Cet article montre que l’ECPR n’est pas seulement une question de technologie, mais avant tout une question d’organisation. Les meilleurs résultats sont obtenus lorsque tout le système est pensé autour du temps : reconnaissance rapide de l’arrêt, RCP immédiate, sélection précoce des candidats, acheminement optimisé et équipes prêtes à intervenir sans délai. À l’inverse, lorsque l’ECPR est utilisée de manière isolée, dans des centres peu entraînés ou avec des circuits logistiques lents, son bénéfice disparaît. Les auteurs insistent aussi sur l’enjeu d’équité territoriale : aujourd’hui, la majorité des patients vivant hors des grandes métropoles n’ont pas accès à l’ECPR. Les modèles préhospitaliers, notamment héliportés, pourraient transformer cette réalité. Enfin, l’article rappelle que survivre ne suffit pas : la qualité neurologique, la réhabilitation et la qualité de vie doivent devenir des objectifs centraux de la stratégie ECPR.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN
Pharmacotherapy
Pharmacotherapeutic Controversies During Temperature Control After Out-of-Hospital Cardiac Arrest: A Semi-Structured Literature Review.
Forehand CC, Benken ST, Madorsky M, Mohamed A, Nguyễn JV, Dixit D, Gallagher J, Hawkins WA, Heavner MS, Johnson E, Lozano L, Sisco M, Slampak-Cindric AA, Smith SE, Spezzano K, Taylor BA, Wayne NB, Gagnon DJ. Pharmacotherapy. 2026;46[1]:e70095
DOI: 10.1002/phar.70095

Editorial: Post-resuscitation cardiac arrest care begins at the time of hospital admission and focuses on preventing the sequelae of ischemia-reperfusion injury, including secondary brain damage and post-cardiac arrest syndrome. Clinical practice guidelines on post-resuscitation cardiac arrest care from international medical organizations outline evidence-based practices but sometimes lack pragmatic details needed by bedside clinicians to implement change. Lack of information has required providers to extrapolate from other patient populations with acute brain injuries or utilize lower quality data from patient registries or observational studies. We organized a group of content experts to address selected pharmacotherapeutic controversies encountered during temperature control after out-of-hospital cardiac arrest in adult patients. Data on pre-hospital interventions, in-hospital cardiac arrest, and most non-pharmacologic treatments were excluded. A Delphi process was completed using three rounds of voting to reach consensus on pharmacotherapeutic controversies to review. The original list of 11 topics was narrowed iteratively and the final list included: (i) sedation and analgesia, (ii) seizures and myoclonus, (iii) shivering, and (iv) early-onset pneumonia prevention. Writing groups conducted systematic literature searches of MEDLINE using PubMed focusing on contemporary publications in the past 30 years when temperature control was considered standard care. Each section reviews the scope and management of the controversy and provides a conclusion with suggested future research directions. The information in this review is intended to support providers with the implementation of recommendations made in clinical practice guidelines on post-resuscitation cardiac arrest care and should not necessarily supplant them.

Conclusion: Management of comatose survivors of OHCA has evolved rapidly over the past 25 years, resulting in numerous clinical practice guidelines and scientific statements outlining best practices. Pragmatic aspects of pharmacotherapeutic care are sometimes difficult to discern in scoping documents. This article sought to identify four controversies and provide a review of the literature for the pharmacotherapeutic management of comatose survivors of OHCA. Management of sedation and analgesia, seizures and myoclonus, shivering, and early‐onset pneumonia after OHCA is controversial and future studies should focus on addressing evidence gaps to improve the quality and applicability of published data.

Conclusion (proposition de traduction) : La prise en charge des survivants comateux d’un arrêt cardiaque extrahospitalier a évolué rapidement au cours des 25 dernières années, donnant lieu à de nombreuses recommandations et déclarations scientifiques définissant les bonnes pratiques. Toutefois, les aspects pragmatiques de la prise en charge pharmacothérapeutique restent parfois difficiles à identifier dans ces documents de cadrage. Cet article visait à mettre en lumière quatre domaines de controverse et à proposer une revue de la littérature sur la prise en charge médicamenteuse des survivants comateux d’un arrêt cardiaque extrahospitalier. La gestion de la sédation et de l’analgésie, des crises et du myoclonus, des frissons, ainsi que de la prévention des pneumonies précoces demeure controversée, et de futures études devront combler les lacunes actuelles afin d’améliorer la qualité et l’applicabilité des données disponibles.


Commentaire : Cette revue semi-structurée s’intéresse aux zones d’incertitude pharmacothérapeutique chez les patients comateux après arrêt cardiaque extrahospitalier pris en charge avec un contrôle de la température. Les auteurs ne cherchent pas à établir de nouvelles recommandations formelles, mais plutôt à éclairer les cliniciens sur des situations fréquentes où les lignes directrices restent vagues ou insuffisamment opérationnelles. Quatre thèmes majeurs sont analysés : la sédation-analgésie, la prise en charge des crises et du myoclonus, le contrôle des frissons et la prévention des pneumonies précoces. Le message central est clair : les pratiques sont très hétérogènes, souvent fondées sur des extrapolations ou des données observationnelles, et parfois associées à des effets indésirables non négligeables, comme le retard au réveil, la confusion de la neuroprognostication, ou une exposition antibiotique excessive.
Sur le plan critique, l’absence d’évaluation formelle du risque de biais et de hiérarchisation des niveaux de preuve limite la portée scientifique de la synthèse, mais le format narratif reste utile pour la pratique quotidienne. Sur le plan pragmatique, l’article apporte des repères concrets, notamment sur la nécessité d’éviter la sédation profonde prolongée, de privilégier une approche raisonnée des traitements antiépileptiques, de protocoliser la gestion des frissons pour limiter le recours aux curares, et de rester prudent face à l’antibioprophylaxie systématique. En résumé, cette revue ne transforme pas les standards de soins, mais aide les cliniciens à naviguer dans des zones grises fréquentes de la prise en charge post-arrêt cardiaque, en attendant des essais randomisés plus robustes et centrés sur des critères cliniquement pertinents.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN
Prehospital emergency care
Epinephrine in Prehospital Traumatic Cardiac Arrest-Life Saving or False Hope?
Witt CE, Shatz DV, Robinson BRH, Campion EM, Shapiro ML, Bui EH, Meizoso JP, Dorlac WC. Prehosp Emerg Care. 2026;30[1]:153-161
DOI: 10.1080/10903127.2025.2461283

Objectives: While epinephrine is widely used for medical cardiac arrests, there is a knowledge gap regarding its utility for traumatic arrests. Traumatic arrests result from hypovolemia, hypoxia, or anatomic impairment of cardiac function such that the inotropic and vasoconstrictive effects of epinephrine may be ineffective or harmful. We hypothesized that epinephrine does not improve survival among patients with traumatic cardiac arrest.

Methods: This was a multicenter retrospective cohort study of trauma patients sustaining prehospital cardiac arrest who were treated at seven level I and II trauma centers over 6 years (2011-2017), ascertained trauma registry data and chart abstraction. The primary outcome was survival to hospital discharge; patients treated with or without epinephrine were compared. Multivariable analyses were performed using Poisson regression. Time to event analyses were conducted using Cox proportional hazard models.

Results: We included 1631 adult and pediatric trauma patients with prehospital cardiac arrest. Prehospital epinephrine was administered to 844 (52%). The median age was 35 years, 335 (21%) were female, 712 (44%) sustained blunt trauma, and 58 (4%) had a shockable initial rhythm. Survival to hospital discharge was significantly lower in the prehospital epinephrine cohort compared to the no epinephrine cohort in univariable analysis [43/844 (5%) 125/787 (16%),  < 0.001]. Among patients with blunt mechanism, survival was significantly lower in the prehospital epinephrine cohort [12/382 (3%) 54/330 (16%),  < 0.001]. Among patients with penetrating mechanism, survival was not statistically different [10/276 (4%) with epinephrine 22/374 (6%) without,  = 0.19]. In multivariable analyses adjusting for age, sex, mechanism, and initial rhythm, epinephrine was associated with lower likelihood of survival in the overall and blunt cohorts; there was no significant difference in the penetrating cohort (overall aRR 0.33, 95% CI 0.23-0.46; blunt aRR 0.20, 95% CI 0.11-0.37; penetrating aRR 0.62, 95% CI 0.30-1.28). Adjusted and unadjusted time to event analyses across each of these cohorts showed that epinephrine was associated with either statistically inferior or indistinct hazard ratios.

Conclusions: Epinephrine was not associated with improved survival following traumatic cardiac arrest, and in multiple subanalyses, it was associated with inferior outcomes. These results may inform prehospital traumatic arrest protocols.

Conclusion (proposition de traduction) : L’adrénaline n’était pas associée à une amélioration de la survie après arrêt cardiaque traumatique et, dans plusieurs sous-analyses, elle était associée à de moins bons résultats. Ces données peuvent contribuer à orienter les protocoles préhospitaliers d’arrêt cardiaque traumatique.


Commentaire : Cette cohorte rétrospective multicentrique (7 trauma centers, 2011–2017) est pertinente pour explorer une pratique très hétérogène en préhospitalier, mais son niveau de preuve reste limité par le caractère non randomisé et la forte probabilité de confusion par indication : l’adrénaline est plus susceptible d’être administrée aux patients sans RACS précoce, plus graves, avec durées de réanimation plus longues et/ou trajectoires physiologiques défavorables, variables qui ne sont pas disponibles (durée d’arrêt, délai/voie/doses d’adrénaline, RACS, co-interventions hémostatiques, transfusion préhospitalière, prise en charge des causes réversibles). L’approche statistique est globalement appropriée (Poisson robuste pour estimer des risques relatifs, Cox pour le temps jusqu’au décès), avec ajustement sur quelques covariables structurantes (âge, sexe, mécanisme, rythme initial), mais l’ajustement demeure probablement insuffisant pour neutraliser les biais résiduels. Le résultat principal est néanmoins robuste en signal (survie à la sortie plus faible avec adrénaline, surtout en traumatisme fermé), ce qui concorde avec la plausibilité physiopathologique (hypovolémie/hypoxie/tamponnade où la vasoconstriction et la tachycardie peuvent aggraver l’ischémie) ; l’implication pratique raisonnable est de ne pas considérer l’adrénaline comme un réflexe « ACLS-like » en arrêt cardiaque traumatique, et de prioriser le traitement des causes réversibles (hémorragie, hypoxie, décompression, évacuation rapide) dans des protocoles dédiés.
L’article questionne frontalement l’importation automatique des algorithmes d’arrêt cardiaque médical dans le trauma. Dans une large cohorte nord-américaine, l’adrénaline est associée à une survie plus faible, particulièrement lorsque le mécanisme est fermé, alors qu’aucun bénéfice clair n’apparaît en pénétrant. Le message utile est moins pharmacologique qu’opérationnel : en arrêt cardiaque traumatique, la fenêtre de survie dépend surtout de la correction rapide des déterminants mécaniques et hémodynamiques (contrôle hémorragique, oxygénation/ventilation, levée des tensions, transport vers une filière de damage control). Dans ce cadre, l’adrénaline risque d’occuper une place disproportionnée au regard d’un bénéfice non démontré, et peut même s’inscrire dans une dynamique iatrogène lorsque la perfusion coronaire est compromise par l’hypovolémie. L’étude soutient donc la nécessité de protocoles préhospitaliers spécifiques au trauma, centrés sur les causes réversibles plutôt que sur une escalade médicamenteuse.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN
Resuscitation
Higher ventilation rate is associated with increased return of spontaneous circulation in in-hospital cardiac arrest patients with advanced airways.
Jaffe IS, Ren Y, Tran L, Yuriditsky E, Gonzales AM, Patel JK, Shahnawaz S, Horowitz J, Bloom B, Pradhan D, Kulstad E, Jarman H, Tong N, Thomas M, Chan L, Page V, Deakin C, Perkins GD, Yu C, Parnia S. Resuscitation. 2026;218:110885
DOI: 10.1016/j.resuscitation.2025.110885

Background: Current CPR guidelines recommend 10 breaths/min in adult cardiac arrest patients with an advanced airway, though this is largely based on animal studies. We evaluated the association between ventilation rate and return of spontaneous circulation (ROSC) in in-hospital cardiac arrest (IHCA).

Methods: This was a secondary analysis of a cohort undergoing CPR for IHCA with an advanced airway and continuous ventilation and end-tidal CO (ETCO) monitoring. Patients were enrolled from 25 tertiary centers in the U.S. And U.K. A subset had intra-arrest arterial blood gases collected per routine care.

Results: Ventilation and ETCO data were collected for 222 patients; blood gas data were available for 127. Of these 222 patients, 84.7 % were ventilated at >10 breaths/min. Patients ventilated >12 breaths/min had higher ROSC rates compared to those ventilated at 6-12 breaths/min (45 % vs. 24 %, p = 0.009). Ventilation rate remained independently associated with ROSC after adjustment for age, sex, cardiac rhythm, illness severity, and mechanical chest compression device use (adjusted OR 1.15 per 2 breaths/min increase; 95 % CI 1.04-1.28; p = 0.006). Regression analysis suggested diminishing benefit above 26 breaths/min. Patients ventilated >12 breaths/min had higher ETCO (median 25 mm Hg vs. 17 mm Hg; p < 0.001). PaO and PaCO did not differ significantly, suggesting a hemodynamic mechanism.

Conclusions: Ventilation rates above guideline recommendations were common. Rates between 12 and 26 breaths/min were associated with improved ROSC, potentially due to enhanced perfusion. However, these findings may equally reflect the impact of higher quality chest compressions that can sometimes lead to ETCO oscillations that can be erroneously computed as breaths by ETCO monitors. Thus, more studies are needed to determine the need to re-evaluate current ventilation targets during CPR in intubated patients.

Conclusion (proposition de traduction) : Les fréquences ventilatoires supérieures aux recommandations étaient fréquentes. Des valeurs comprises entre 12 et 26 insufflations par minute étaient associées à une amélioration du retour de circulation spontanée, probablement liée à une meilleure perfusion. Toutefois, ces résultats peuvent aussi refléter l’effet de compressions thoraciques de meilleure qualité, susceptibles d’induire des oscillations du signal de l’ETCO₂ interprétées à tort comme des respirations par les capnographes.
Des études supplémentaires sont donc nécessaires pour déterminer s’il convient de réévaluer les objectifs actuels de ventilation pendant la RCP chez les patients intubés.


Commentaire : Cet article remet en question un dogme bien établi de la réanimation avancée de l’adulte : la ventilation à 10/min en cas d’intubation. Dans cette cohorte multicentrique de patients en arrêt cardiaque intrahospitalier, la majorité recevait en réalité des fréquences ventilatoires supérieures aux recommandations. Or, une ventilation entre 12 et 26/min était associée à une probabilité significativement plus élevée de retour de circulation spontanée, indépendamment de facteurs confondants majeurs (âge, rythme initial, gravité, utilisation de dispositifs de compression mécanique). Le signal physiologique clé est l’élévation de l’ETCO₂, suggérant une amélioration du débit cardiaque et donc de la perfusion pendant la RCP, sans altération notable des gaz du sang artériels.
Sur le plan critique, plusieurs limites doivent tempérer l’interprétation : la fréquence ventilatoire était estimée par capnographie, avec un risque de surestimation lié aux oscillations induites par les compressions thoraciques, et les paramètres ventilatoires essentiels (volume courant, temps inspiratoire) n’étaient pas disponibles. Il est donc possible que ce qui soit interprété comme une « hyperventilation bénéfique » corresponde en réalité à une ventilation à petits volumes, mieux tolérée hémodynamiquement. De plus, la population étudiée était particulièrement grave, avec une survie neurologique très faible, ce qui limite la généralisation aux autres contextes (extra-hospitalier, patients moins sévères).
Sur le plan pratique, ces résultats incitent à reconsidérer la rigidité des objectifs ventilatoires actuels chez l’adulte intubé en RCP continue. Ils suggèrent qu’une ventilation modérément plus rapide, potentiellement à faible volume courant, pourrait améliorer la perfusion et favoriser le RACS, à condition de ne pas majorer les pressions intrathoraciques. En attendant des essais prospectifs dédiés, le message clé reste l’optimisation globale de la qualité de la RCP, en intégrant la ventilation comme un levier potentiel, et non comme un simple paramètre secondaire.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN
Resuscitation plus
Effects of peri-arrest hypertonic/hyperoncotic fluid treatment on clinical outcomes in non-trauma-related resuscitation - A scoping review
Akbas S, Castellucci C, Haresleb C, Kaserer A, Spahn DR, Breckwoldt J. Resusc Plus. 2026;27:101171
DOI: 10.1016/j.resplu.2025.101171

Aim: This scoping review aimed to summarize existing evidence on the administration of hypertonic and hyperoncotic (HTF/HOF) fluids during cardiopulmonary resuscitation (CPR) in both human and animal studies. Further, we sought to provide guidance for future research and potential clinical implementation strategies.

Methods: We searched Medline, EMBASE, Cochrane, Web of Science, Scopus and Clinicaltrials.gov from inception to June 11th, 2025, for comparative studies using HTF/HOF in non-trauma-related peri-arrest settings in animal models and humans. Studies were selected using a PICOST format. Studies were assessed on their risk of bias. Results were synthesized narratively and presented using descriptive statistics. No meta-analysis was performed.

Results: We included 21 animal and four human studies. Animal studies showed high heterogeneity in species, cardiac arrest models, timing and composition of HTF/HOF. Most of them found improved neurological outcomes compared to normal saline. In the human studies (overall sample size 932), patients were either treated with a combination of hypertonic saline and hydroxyethyl starch (HHS) or with hypertonic saline alone (HS). Time points of fluid administration and assessed outcome parameters differed substantially. Overall, human studies indicated neutral to favorable effects, supporting the potential value of HTF/HOF treatment.

Conclusions: Studies analyzing the effects of HTF/HOF in peri-arrest settings in animals and in humans suggest potential benefit on survival and neurological outcomes. Findings are limited by substantial heterogeneity in study designs, timing and outcome measures. It therefore appears necessary to conduct more rigorous clinical trials with standardized endpoints to further explore the potential of peri-arrest HTF/HOF treatment.

Conclusion (proposition de traduction) : Les études analysant les effets des solutés hypertoniques et hyperoncotiques en contexte péri-arrêt, chez l’animal comme chez l’humain, suggèrent un bénéfice potentiel sur la survie et les résultats neurologiques. Ces résultats sont toutefois limités par une hétérogénéité importante des plans d’étude, des moments d’administration et des critères de jugement. Il apparaît donc nécessaire de conduire des essais cliniques plus rigoureux, avec des critères de jugement standardisés, afin d’explorer plus avant le potentiel thérapeutique des solutés hypertoniques et hyperoncotiques administrés en période péri-arrêt.


Commentaire : Les données disponibles suggèrent des bénéfices potentiels sur la Reprise d'une Activité circulatoire spontanée (RACS) et les résultats neurologiques précoces, en particulier lorsque les solutés hypertoniques/hyperoncotiques sont administrés pendant la réanimation dans les modèles animaux. Les données humaines restent limitées et non concluantes, soulignant la nécessité d’essais cliniques bien conçus pour confirmer la pertinence translationnelle de cette approche. La forte hétérogénéité des études, des délais d’administration et des critères d’évaluation empêche toute conclusion définitive. Des essais multicentriques, suffisamment puissants et utilisant des critères standardisés, sont indispensables pour préciser le rôle clinique de ces solutés dans la prise en charge de l’arrêt cardiaque.
Cette revue de portée, conduite selon les standards PRISMA-ScR et avec une évaluation rigoureuse du risque de biais (RoB2, ROBINS-I, SYRCLE, GRADE), compile 21 études animales et 4 études humaines. Le niveau de preuve est faible à modéré, dominé par des modèles expérimentaux hétérogènes et des essais cliniques de petite taille ou observationnels. Les résultats animaux montrent de façon assez cohérente une amélioration de la perfusion cérébrale, une réduction de l’œdème cérébral, une meilleure homogénéité de la microcirculation et parfois une amélioration des scores neurologiques. Chez l’humain, les effets sont plus modestes : quelques signaux favorables sur le ROSC et l’admission hospitalière, mais peu d’impact démontré sur la survie à la sortie ou le pronostic neurologique. La tolérance hémodynamique et électrolytique apparaît globalement satisfaisante. En pratique, cet article n’incite pas à modifier les protocoles actuels, mais il relance l’intérêt pour une approche ciblée, de petit volume, visant à optimiser la perfusion cérébrale pendant la phase de low-flow, sans recourir à des remplissages isotoniques massifs potentiellement délétères.
Ce travail remet en perspective une idée ancienne mais peu exploitée en clinique : utiliser des solutés hypertoniques ou hyperoncotiques pour améliorer la perfusion cérébrale pendant la réanimation. Les données animales sont séduisantes, montrant une réduction de l’œdème cérébral, une meilleure microcirculation et parfois une récupération neurologique supérieure. En revanche, la transposition chez l’homme reste incomplète, freinée par des essais hétérogènes, des effectifs limités et des critères de jugement peu harmonisés. L’article souligne surtout que la question n’est pas seulement « quel liquide ? », mais « quand  ? » et « pour quel objectif physiologique ? ». Administrer précocement, en faible volume, pour soutenir la perfusion cérébrale pendant la RCP pourrait représenter une piste intéressante, à condition d’être validée par des essais robustes. À ce stade, la stratégie reste expérimentale, mais elle ouvre un champ de recherche centré sur la protection cérébrale dès la phase de réanimation.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN
Vasopressin, steroids, and epinephrine in out-of-hospital cardiac arrest - a protocol for a randomized controlled trial (OHCA REVIVES trial).
Ko YC, Lin YY, Yang WS, Tseng YT, Huang TJ, Lai CT, Huang SY, Hsieh CM, Wang PL, Chen HH, Chen KY, Sun JT, Chang CH, Lu TP, Ma MH, Chiang WC. Resusc Plus. 2026;27:101163
DOI: 10.1016/j.resplu.2025.101163

Objective: Several clinical trials have shown promising results for the vasopressin-steroid-epinephrine (VSE) triple therapy in patients experiencing in-hospital cardiac arrest (IHCA); however, this treatment strategy has not yet been studied in the prehospital setting. The OHCA REVIVES (A Randomized Clinical Trial of Patient Outcomes Following Out-of-Hospital Cardiac Arrest Receiving Epinephrine Versus In-together Vasopressin, Epinephrine, and Steroid) trial aims to evaluate the effectiveness of the VSE combined therapy in improving clinical outcomes in patients with out‑of‑hospital cardiac arrest (OHCA).

Methods: The OHCA REVIVES trial is an investigator-initiated, multicenter, superiority cluster randomized controlled trial. Adult non-traumatic patients with OHCA treated by six participating advanced ambulance teams in Taipei and New Taipei City, Taiwan will be included. Biweekly randomized clusters of participating advanced ambulance teams were assigned to administer either VSE combined therapy or standard care during cardiac arrest. The primary outcome is sustained return of spontaneous circulation (ROSC ≥ 2 h), and key secondary outcomes include prehospital ROSC, survival to hospital discharge, and survival with favorable neurologic outcomes (cerebral performance category score ≤ 2) at hospital discharge. A total of 1344 patients will be included.

Conclusion: The OHCA REVIVES trial is expected to provide new insights into pharmacological strategies for the treatment of OHCA.ClinicalTrials.gov (identifier: NCT06203847; date registered: January 12, 2024).

Conclusion (proposition de traduction) : L’essai OHCA REVIVES devrait apporter de nouveaux éclairages sur les stratégies pharmacologiques dans le traitement de l’arrêt cardiaque extra-hospitalier.


Commentaire : Il s’agit d’un protocole d’essai randomisé en grappes, multicentrique, de supériorité, avec un design pragmatique, incluant plus de 1 300 patients pris en charge par des équipes paramédicales avancées à Taïwan. Le critère principal est le RACS soutenu à 2 heures, avec des critères secondaires robustes incluant la survie à la sortie et le pronostic neurologique. La méthodologie est solide (randomisation par périodes, GEE, analyses intermédiaires planifiées), mais l’absence d’aveugle chez les intervenants expose à des biais de performance. L’étude transpose au préhospitalier une stratégie pharmacologique prometteuse en intra-hospitalier (Vasopressine – corticoïdes – adrénaline), où elle a montré un bénéfice sur le RACS. L’intérêt pratique est majeur : si les résultats sont positifs, ce protocole pourrait modifier la pharmacologie standard de l'arrêt cardiaque extrahospitalier (ACEH), aujourd’hui centrée quasi exclusivement sur l’adrénaline. À ce stade, il s’agit d’un travail de préparation scientifique, sans impact immédiat sur les pratiques.
Cet article illustre bien la stagnation actuelle de la pharmacologie de l’arrêt cardiaque extrahospitalier. Depuis PARAMEDIC-2, l’adrénaline reste le seul traitement médicamenteux systématique, malgré ses limites. Le protocole ACEH REVIVES tente de transposer une stratégie efficace en intra-hospitalier vers le terrain préhospitalier, en combinant vasopressine, corticoïdes et adrénaline. L’enjeu n’est pas seulement pharmacologique : il est organisationnel, logistique et temporel. En milieu extrahospitalier, chaque minute compte, et la capacité des équipes à administrer plusieurs médicaments dans un environnement chaotique constitue un défi réel. Cette étude pose les bases d’une évolution possible du traitement de l’ACEH, à condition que les bénéfices observés en milieu hospitalier soient confirmés sur le terrain.
Ce protocole marque une tentative ambitieuse de relancer la recherche pharmacologique en arrêt cardiaque extrahospitalier. Il ne fournit pas encore de réponses cliniques, mais il ouvre une voie structurée pour évaluer une stratégie combinée susceptible de dépasser les limites de l’adrénaline seule. Sa valeur réside autant dans la rigueur méthodologique que dans la volonté de remettre en question un dogme thérapeutique ancien.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN
Scientific reports
The association of prehospital advanced airway management time and outcome in out-of hospital cardiac arrest patients.
Huabbangyang T, Papukdee P, Klaiangthong R, Jaibergban F, Paharat P, Doungkaew P, Chanthep F, Suntimetaneedol M, Chuanart S. Sci Rep. 2026;:
DOI: 10.1038/s41598-025-34602-2

Editorial: Currently, there is limited evidence regarding the optimal duration of advanced airway management (AAM) with endotracheal intubation in out-of-hospital cardiac arrest (OHCA), particularly in the complex setting of prehospital on-scene management. The current study examined the association between the AAM time (≤ 2, 2–4, 4–6, and > 6 min) provided by the emergency medical service (EMS) team and patient outcomes. We attempted to replicate the chest compression assessment cycle, performing evaluations every 2 min. The primary outcome was survival to hospital discharge. The secondary outcome was sustained return of spontaneous circulation (ROSC) at the scene, defined as continuous ROSC for > 20 min. Data on all adult patients aged > 18 years who experienced non-traumatic out-of-hospital cardiac arrest (OHCA) and met the eligibility criteria were collected from EMS patient care reports. Data on survival to hospital discharge were obtained from the electronic medical records. The association between AAM time and survival to hospital discharge and sustained ROSC at the scene was examined via univariable and multivariable analyses. Approximately 50% of patients received AAM within ≤ 2 min, 16.05% within 2–4 min, 9.74% within 4–6 min, and 24.21% after > 6 min. Sustained ROSC at the scene occurred in 39.7% of patients. When classified by AAM time, sustained ROSC rates were 36.2%, 42.6%, 41.2%, and 44.3%, while survival to hospital discharge was 4.2%, 3.3%, 4.1%, and 8.7%, respectively. There was no significant difference in sustained ROSC by AAM time. Among patients with shockable rhythms, AAM at 4–6 and > 6 min was associated with 1.23-fold and 1.28-fold increased ROSC likelihood compared to ≤ 2 min; for non-shockable rhythms, the likelihoods were 1.11, 1.15, and 0.95, respectively. Regarding survival to discharge, shockable-rhythm patients receiving AAM at 4–6 and > 6 min had 1.3-fold and 1.86-fold increased likelihoods compared to 2–4 min. For non-shockable rhythms, AAM at 2–4, 4–6, and > 6 min was associated with 0.48, 1.89, and 3.44-fold likelihoods of survival, respectively, compared to ≤ 2 min. In this retrospective cohort, patients with non-shockable rhythms appeared to have higher survival among those who received AAM later (> 6 min); however, this pattern may largely reflect survivorship bias and residual confounding rather than any beneficial effect of delaying AAM. In contrast, earlier AAM did not show a clear survival advantage in patients with shockable rhythms. These associations should therefore not be interpreted as causal or as evidence that AAM timing is a modifiable determinant of outcomes. Instead, the findings are exploratory and hypothesis-generating, underscoring the need for prospective studies with appropriate adjustment for time-dependent confounding to clarify the true relationship between AAM timing and survival.

Conclusion: In this retrospective cohort, patients with non-shockable rhythms appeared to have higher survival among those who received AAM later (>6 minutes); however, this pattern may largely reflect survivorship bias and residual confounding rather than any beneficial effect of delaying AAM. In contrast, earlier AAM did not show a clear survival advantage in patients with shockable rhythms. These associations should therefore not be interpreted as causal or as evidence that AAM timing is a modifiable determinant of outcomes. Instead, the findings are exploratory and hypothesis-generating, underscoring the need for prospective studies with appropriate adjustment for time-dependent confounding to clarify the true relationship between AAM timing and survival.

Conclusion (proposition de traduction) : Dans cette cohorte rétrospective, les patients présentant des rythmes non choquables semblaient avoir une meilleure survie lorsqu’une prise en charge avancée des voies aériennes avec intubation était réalisée tardivement (> 6 minutes). Toutefois, cette observation reflète probablement surtout un biais de survie et des facteurs de confusion résiduels, plutôt qu’un réel bénéfice du retard de la prise en charge avancée des voies aériennes avec intubation. À l’inverse, la réalisation précoce de la prise en charge avancée des voies aériennes avec intubation n’était pas associée à un avantage clair de survie chez les patients avec des rythmes choquables. Ces associations ne doivent donc pas être interprétées comme causales ni comme la preuve que le délai d’intubation est un facteur modifiable du pronostic. Les résultats sont exploratoires et générateurs d’hypothèses, soulignant la nécessité d’études prospectives tenant compte des biais temporels pour clarifier la relation réelle entre le timing de la prise en charge avancée des voies aériennes avec intubation et la survie.


Commentaire : Cette étude rétrospective monocentrique analyse 1 520 arrêts cardiaques extrahospitaliers en fonction du délai d’intubation trachéale. La méthodologie repose sur des analyses multivariées mais ne prend pas en compte les biais temporels (immortal time bias), ce qui limite toute interprétation causale. L’association observée entre intubation tardive et meilleure survie chez les rythmes non choquables est très probablement liée à un biais de survivant. En pratique, l’étude renforce un message clé : l’intubation ne doit pas retarder les compressions ni la défibrillation. Elle soutient une approche pragmatique privilégiant la qualité de la RCP et l’utilisation de dispositifs simples (BAVU, dispositif supraglottique) lorsque l’intubation risque d’interrompre les soins essentiels.
Ce travail illustre bien le débat toujours ouvert autour de la gestion des voies aériennes en arrêt cardiaque extrahospitalier. L’intubation trachéale reste souvent perçue comme un objectif technique prioritaire, alors que son bénéfice réel sur la survie est incertain. Les résultats suggèrent surtout que les patients qui survivent assez longtemps pour être intubés tardivement sont, par définition, ceux qui ont déjà un meilleur pronostic. L’enjeu n’est donc pas tant « quand intuber » que « ne pas interrompre la RCP ». Cette étude rappelle que la ventilation ne doit jamais prendre le pas sur la continuité des compressions, la défibrillation rapide et la coordination de l’équipe.
Une étude utile pour déconstruire l’idée d’un bénéfice automatique de l’intubation précoce en préhospitalier. Elle n’apporte pas de preuve de causalité, mais renforce un message opérationnel clair : la priorité reste la RCP de qualité, avec une gestion des voies aériennes adaptée au contexte et au niveau d’expertise de l’équipe.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN