Aller au contenu principal
Dernière mise à jour le 19 février 2026

Bibliographie sur l'arrêt cardiaque

Mois de Octobre 2023

Resuscitation
Pharmacokinetics of Epinephrine During Cardiac Arrest: A Pilot Study.
Heradstveit BE, Sunde GA, Asbjørnsen H, Aalvik R, Wentzel-Larsen T, Heltne JK. Resuscitation. 2023;:110025
DOI: 10.1016/j.resuscitation.2023.110025

Aim of the study: Epinephrine has been recommended for several decades for the treatment of cardiac arrest. However, although this potent medicament has a documented impact on the return of spontaneous circulation, it does not improve long-term survival. Decreased cerebral blood flow, one of the side effects of epinephrine, indicates that the use of this drug is a two-edged sword. Despite clinical recommendations, no study has investigated epinephrine pharmacokinetics in a setting of cardiac arrest. Therefore, in a pilot setting, we measured the plasma concentrations of epinephrine following a single administration.

Methods: Nine patients with cardiac arrest were included in our study. A single dose of 1 mg epinephrine was administered into a peripheral vein. Simultaneously, blood samples were withdrawn every minute from the jugular vein to determine the plasma concentration. A mixed effects model was used to estimate the T following the peak concentration.

Results: One patient did not achieve a peak concentration during observation and was hence excluded. The remaining eight patients had 26 measurements suitable for modelling. In a stable model, the decline is estimated to be -0.259 [95% CI (-0.361, -0.157) (p<0.001)]. This implies a half-time for epinephrine of 2.6 (1.9, 4.4) minutes.

Conclusion: Our study indicates that elimination of epinephrine during cardiac arrest is prolonged and that repeated doses of epinephrine may lead to increased plasma levels. Further and larger studies are warranted to determine the optimal plasma concentration during resuscitation.

Conclusion (proposition de traduction) : Notre étude indique que l’élimination de l’adrénaline pendant l’arrêt cardiaque est prolongée et que l’administration répétée de doses d’adrénaline peut entraîner une augmentation des concentrations plasmatiques. Des études plus larges sont nécessaires pour déterminer la concentration plasmatique optimale d’adrénaline au cours de la réanimation.


Commentaire : Cette étude pilote norvégienne est la première à mesurer directement, chez l’humain, les concentrations plasmatiques d’adrénaline pendant une réanimation réelle. La méthodologie est innovante mais contrainte par un effectif très limité (8 patients exploitables), avec prélèvements jugulaires minute par minute après une dose IV de 1 mg. L’analyse pharmacocinétique montre une demi-vie prolongée d’environ 2,6 minutes et des concentrations encore élevées à 5 minutes, suggérant que les injections répétées toutes les 3 à 5 minutes peuvent conduire à une accumulation plasmatique. Le principal intérêt de ce travail n’est pas de démontrer un effet clinique, mais de questionner la logique physiologique des schémas posologiques actuels. Il met en évidence l’absence totale de repères sur les concentrations « utiles » ou « délétères » d’adrénaline en situation de RCP, alors même que ses effets indésirables sur la perfusion cérébrale et la consommation myocardique sont bien documentés.
Sur le plan pratique, l’article ouvre la voie à une réflexion sur des stratégies alternatives : espacement des doses, adaptation aux réponses physiologiques, voire perfusion continue dans des systèmes avancés. Il contribue à déplacer le débat de la simple question « faut-il donner de l’adrénaline ? » vers « combien, quand, et à quel niveau d’exposition réelle ? », ce qui en fait une pièce importante pour comprendre les limites pharmacologiques des protocoles actuels.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN