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Dernière mise à jour le 19 février 2026

Bibliographie sur l'arrêt cardiaque

Current opinion in critical care
Mechanical devices for chest compression: to use or not to use?
Couper K, Smyth M, Perkins GD. Curr Opin Crit Care. 2015;21[3]:188-94
DOI: 10.1097/MCC.0000000000000200

Purpose of review: The delivery of high-quality manual chest compressions is rarely achieved in practice. Mechanical chest compression devices can consistently deliver high-quality chest compressions. The recent publication of large prehospital trials of these devices provides important new information about the role of these devices.

Recent findings: The Circulation Improving Resuscitation Care (CIRC), LUCAS in cardiac arrest (LINC) and Prehospital Randomized Assessment of a Mechanical Compression Device (PARAMEDIC) trials have recently been published. All these large prehospital trials found that the routine use of mechanical compression devices in the prehospital setting did not improve survival rates compared to those observed with manual chest compressions. There remain limited data on the routine use of devices during in-hospital cardiac arrest. Observational studies report favourable outcomes with the use of mechanical devices in special circumstances, including as a bridge to advanced therapies such as extracorporeal membrane oxygenation.

Summary: Mechanical cardiopulmonary resuscitation (CPR) results in similar survival rates to manual CPR in out of hospital cardiac arrest. There are insufficient data to support or refute the routine use of mechanical CPR devices during in-hospital cardiac arrest. Observational studies demonstrate the feasibility of using mechanical CPR when manual CPR is difficult or impossible, and as a bridge to advanced therapies.

Conclusion (proposition de traduction) : La réanimation cardiopulmonaire (RCP) mécanique aboutit à des taux de survie similaires à ceux de la RCP manuelle lors de l’arrêt cardiaque extrahospitalier. Les données sont insuffisantes pour soutenir ou réfuter l’utilisation systématique des dispositifs de RCP mécanique lors des arrêts cardiaques intrahospitaliers. Les études observationnelles montrent qu’il est faisable d’utiliser la RCP mécanique lorsque la RCP manuelle est difficile ou impossible, et comme relais vers des thérapeutiques avancées.


Commentaire : Cette revue narrative met en perspective les résultats des grands essais randomisés récents (CIRC, LINC, PARAMEDIC) et confirme l’absence de bénéfice de la RCP mécanique sur la survie en contexte préhospitalier par rapport à une RCP manuelle bien réalisée. L’intérêt principal des dispositifs mécaniques ne réside donc pas dans une amélioration directe du pronostic, mais dans leur capacité à délivrer des compressions régulières et prolongées dans des situations où la RCP manuelle est difficile, dangereuse ou de qualité incertaine, notamment pendant le transport, en salle de cathétérisme ou lors de réanimations prolongées. Les auteurs insistent sur un point clé souvent sous-estimé : le déploiement du dispositif peut entraîner des interruptions délétères des compressions, susceptibles d’annuler les bénéfices attendus. La qualité de la formation, l’entraînement des équipes et l’adoption de stratégies de type « pit-crew » apparaissent donc déterminants pour limiter ces pauses. En intrahospitalier, les données restent très limitées, avec quelques signaux favorables mais insuffisants pour recommander un usage routinier.
Sur le plan pratique, cette revue soutient une approche pragmatique : la RCP mécanique doit être considérée comme un outil d’appoint, utile dans des contextes spécifiques ou comme pont vers des stratégies avancées (ECPR, coronarographie), mais non comme un substitut systématique à la RCP manuelle de haute qualité. Le message central demeure que la survie dépend avant tout de la précocité de la prise en charge, de la continuité des compressions et de la rapidité de la défibrillation, indépendamment du caractère manuel ou mécanique de la RCP.

Note : Le terme « pit-crew » est emprunté aux équipes de Formule 1, où chaque membre a un rôle précis, répété et coordonné pour intervenir vite, efficacement et sans perte de temps.
En réanimation cardio-pulmonaire, il désigne une organisation standardisée, anticipée et chorégraphiée des intervenants autour du patient en arrêt cardiaque. L’objectif est de réduire au maximum les interruptions de compressions, d’améliorer la coordination et d’optimiser chaque geste critique
.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN
Resuscitation
Mechanical chest compressions improved aspects of CPR in the LINC trial.
Esibov A, Banville I, Chapman FW, Boomars R, Box M, Rubertsson S. Resuscitation. 2015;91:116-21
DOI: 10.1016/j.resuscitation.2015.02.028

Aim: We studied resuscitation process metrics in patients with out-of-hospital cardiac arrest enrolled in a randomized trial comparing one protocol designed to best use a mechanical CPR device, with another based on the 2005 European Resuscitation Council guidelines for manual CPR.

Methods: We analyzed clinical data, ECG signals, and transthoracic impedance signals for a subset of the patients in the LUCAS in Cardiac Arrest (LINC) trial, including 124 patients randomized to mechanical and 82 to manual CPR. Chest compression fraction (CCF) was defined as the fraction of time during cardiac arrest that chest compressions were administered.

Results: Patients in the mechanical CPR group had a higher CCF than those in the manual CPR group [0.84 (0.78, 0.91) vs. 0.79 (0.70, 0.86), p < 0.001]. The median duration of their pauses for defibrillation was also shorter [0 s (0, 6.0) vs. 10.0 s (7.0, 14.3), p < 0.001]. Compressions were interrupted for a median of 36.0 s to apply the compression device. There was no difference between groups in duration of the longest pause in compressions [32.5s vs. 26.0 s, p = 0.24], number of compressions received per minute [86.5 vs. 88.3, p = 0.47], defibrillation success rate [73.2% vs. 81.0%, p = 0.15], or refibrillation rate [74% vs. 77%, p = 0.79].

Conclusions: A protocol using mechanical chest compression devices reduced interruptions in chest compressions, and enabled defibrillation during ongoing compressions, without adversely affecting other resuscitation process metrics. Future emphasis on optimizing device deployment may be beneficial.

Conclusion (proposition de traduction) : Un protocole utilisant des dispositifs de compression thoracique mécaniques a permis de réduire les interruptions de compressions et de réaliser la défibrillation pendant les compressions en cours, sans altérer les autres paramètres du processus de réanimation. Un effort futur visant à optimiser le déploiement du dispositif pourrait être bénéfique.


Commentaire : Cette analyse secondaire de l’essai randomisé LINC (LUCAS in Cardiac Arrest) s’intéresse non pas aux critères de survie, mais à la qualité du processus de RCP, en particulier la fraction de compressions thoraciques et les pauses péri-choc. Les résultats montrent que l’utilisation du LUCAS permet d’augmenter significativement la fraction de compressions et de supprimer la plupart des pauses liées à la défibrillation, grâce à la possibilité de choquer sans interrompre les compressions. En revanche, le temps nécessaire à la mise en place du dispositif constitue souvent la plus longue interruption de la RCP, ce qui limite en partie le gain global. Les auteurs suggèrent que si ce temps de déploiement pouvait être réduit, l’impact sur la qualité globale de la RCP serait encore plus marqué. L’étude n’a pas montré de différence sur la survie à 4 heures ni sur les taux de défibrillation efficace, ce qui rappelle que l’amélioration des indicateurs de processus ne se traduit pas automatiquement par un bénéfice clinique.
Sur le plan pratique, ce travail soutient l’intérêt des dispositifs mécaniques pour optimiser la continuité des compressions et sécuriser la défibrillation, notamment dans des contextes complexes ou prolongés, mais confirme qu’ils ne remplacent pas l’exigence d’une RCP manuelle de haute qualité ni la nécessité de limiter strictement les interruptions, en particulier lors de la mise en place du dispositif.

Proposé par le docteur Didier THIERCELIN